
Chez Maison Felger, l’histoire d’un soulier commence par le pied
Dans l’atelier de Parigné, une peau de veau change de nature en quelques gestes. Un pinceau la recouvre d’écailles de dragon, une aiguille y trace un monogramme au fil d’or, un laser y grave un motif au dixième de millimètre. Née en 2017 d’un premier pas dans le soulier sur-mesure, Maison Felger a rapidement dépassé ce point de départ pour faire du cuir son terrain d’expérimentation. Bagagerie, vestes en cuir, pièces d’art, objets du quotidien, la maison bretonne a construit, projet après projet, un langage qui lui appartient. Deux fondateurs sont à l’origine de cette exigence, Maria et Cyril Karunagaran.
À l'origine, une chaussure introuvable
Tout commence avec une paire de chaussures que Cyril Karunagaran peine à trouver. En 2017, à l’approche de son mariage avec Maria, il cherche un soulier pour la cérémonie : élégant, évidemment, mais surtout adapté à son pied. La paire idéale échappe aux standards du marché.
Le problème devient alors une idée : se lancer dans le soulier de luxe. Maria connaît déjà ce secteur, diplômée en marketing et stratégie commerciale, elle travaille alors pour un fournisseur indien et suit un portefeuille de clients en Europe. Le choix se porte sur Fougères, et plus précisément sur la commune voisine de Parigné, où l’entreprise installe son atelier à partir de fin 2020, avant de s’y implanter durablement au cours de l’année 2021, et prend le nom de Maison Felger, avec une boutique à Paris.
Des commandes qui élargissent le champ, une signature qui prend forme
Le virage se dessine commande après commande, au gré des demandes des clients, plutôt que sur un plan stratégique. Un habitué réclame une paire de bottes de polo. Un autre, un porte-documents. Une toile en cuir naît pour une œuvre caritative. Chaque fois, l’atelier relève le défi, porté par ce goût du challenge qui l’anime depuis ses débuts, et les clients jouent le jeu des premiers essais. Commande après commande, le champ de compétences dépasse largement le soulier masculin.
Maria et Cyril veulent pousser plus loin la dimension artistique de leurs créations. S’engage alors un vrai travail de recherche sur deux techniques précises, la peinture et la broderie sur cuir, qui deviennent la signature de la maison. Elles ornent aujourd’hui l’ensemble de ses productions, organisées en trois gammes. Iconiques rassemble les pièces phares, souliers, bagagerie, vestes en cuir, trenchs, tableaux. Fragments réunit les accessoires et petites pièces lifestyle, dessous de verre, vide-poches, porte-clés, étuis à cigares. Bespoke/Signature laisse à chacune de ces pièces la liberté de prendre la forme voulue par le client.
Une équipe aux parcours singuliers
Chez Maison Felger, chacun arrive au cuir par un chemin détourné, loin du monde du soulier et de la botterie, à commencer par Maria et Cyril eux-mêmes, autodidactes comme le reste de l’équipe. Nicolas, en charge de la R&D, reste le seul à avoir touché au secteur de la chaussure avant de rejoindre l’atelier. Anita, la COO, vient d’une grande maison française de maroquinerie dont elle connaît chaque rouage. Carole, peintre autodidacte formée à l’art de la patine, a inventé en interne sa propre technique pour peindre le cuir. La brodeuse de la maison arrive quant à elle de la haute couture, où elle a travaillé pour de grandes maisons françaises avant d’adapter entièrement ses gestes à cette matière neuve.
Chaque technique a demandé environ deux ans de mise au point, ponctuée d’essais ratés que l’équipe surnomme en interne les « K.O. ». Une couture cède, une peinture s’écaille après des centaines d’heures de travail, et avec elle vient son lot de frustration, d’impatience. Mais chaque victoire se fête aussi, chaque pièce aboutie, chaque création portée par un client ou un ambassadeur de la maison. « C’est en soi le chemin de tout entrepreneur », résume Maria Karunagaran, qui garde en mémoire les grandes premières, des clients marquants, des demandes très spécifiques, portées par une équipe restée fidèle, dit-elle, à la même passion depuis le début.
De nouveaux territoires, un ancrage breton à réinventer
L’atelier vient de poser un premier pied dans la mode et le lifestyle. Pour Noël 2026, la maison prépare deux trenchs en cuir peint, tirés à deux exemplaires seulement, une gamme de sweatshirts au lettrage cuir, des gants, des chapeaux. Côté lifestyle, plusieurs toiles en cuir ont vu le jour au profit d’œuvres caritatives, aux côtés d’une gamme homewear pensée pour des partenaires, vide-poches, dessous de verre, sous-main, étuis à cigares, et d’une nouvelle collection attendue en fin d’année. Le vestiaire sportif suit le même chemin, golf et polo occupaient déjà l’offre sur-mesure, le mocassin bateau vient tout juste de les rejoindre.
Fougères, dont le nom breton a donné Felger à la maison, fut l’un des grands centres français de la chaussure au XIXe siècle, porté par une trentaine de fabriques et une main-d’œuvre nombreuse, jusqu’au déclin progressif du secteur au XXe siècle. Installée à quelques kilomètres de là, Maison Felger transforme aujourd’hui cet héritage en matière première pour en inventer un autre, à sa main.
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