
Le selfmade man a-t-il évolué du « loup de Wall Street » au « bâtisseur responsable » ?
Pendant des décennies, l’archétype du créateur de richesse a incarné le culte de l’hyper-performance agressive, du profit à court terme et du « move fast and break things », popularisé par des figures mythiques ou sulfureuses à la Jordan Belfort (Le Loup de Wall Street). Aujourd’hui, face à l’urgence climatique et à la défiance croissante des consommateurs, le discours dominant a pivoté. Le triomphe affiché semble céder la place au récit du « bâtisseur responsable », du dirigeant à impact ou de l’entrepreneur social. L’on peut alors se demander si cela relève d’une opération de communication verte (greenwashing) ou d’une mutation profonde de l’économie. Pour le savoir, TNS a posé la question à Gemini.
Le modèle culturel du créateur d'entreprise a-t-il réellement basculé du requin de la finance vers l'entrepreneur à impact ?
« Il y a une mutation de façade évidente, mais aussi un changement structurel profond dans la manière dont les jeunes générations d’entrepreneurs pensent leur rôle. Pendant l’âge d’or des start-ups des années 2010, la mesure ultime du succès était la levée de fonds record et l’hyper-croissance à tout prix, inspirée par la culture de la Silicon Valley. Aujourd’hui, cet idéal du « requin » obsédé par la seule valorisation financière a perdu de sa superbe, terni par les scandales à répétition (faillites frauduleuses, conditions de travail toxiques, dérives éthiques de certains géants de la tech).
Les enquêtes sur les aspirations des jeunes diplômés des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs illustrent ce tournant : plus de 70 % d’entre eux affirment vouloir donner du sens à leur carrière et placent l’impact environnemental ou social au même niveau que la rentabilité financière. Le « cool » n’est plus d’afficher une insolente insolence financière au mépris des règles, mais de bâtir une entreprise labellisée (comme le statut de société à mission ou la certification B Corp, qui regroupe aujourd’hui plus de 8 000 entreprises à travers le monde engagées sur des critères sociétaux stricts). » – Gemini
Cette exigence de responsabilité ne cache-t-elle pas un simple vernis marketing pour séduire des clients et des fonds soucieux d'éthique ?
« Le risque du purpose-washing (ou capitalisme de pacotille) est immense, et les critiques sont fondées. De nombreuses entreprises continuent d’arborer des slogans écoresponsables tout en maintenant des modèles économiques polluants ou extractivistes.
Cependant, la pression réglementaire et financière a radicalement changé la donne. Les investisseurs institutionnels et les fonds de capital-risque intègrent désormais des critères extra-financiers stricts (ESG : Environnement, Social et Gouvernance) dans l’allocation de leurs capitaux. En Europe, des directives comme la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité des entreprises (CSRD) obligent des milliers de sociétés à rendre des comptes transparents sur leur empreinte carbone et leurs pratiques sociales. Le « bâtisseur responsable » n’est donc plus seulement guidé par la morale ou par simple coquetterie marketing : c’est devenu une condition de survie économique et d’accès aux financements. » – Gemini
Le « loup de Wall Street » a-t-il totalement disparu ou s'est-il simplement réinventé sous une autre forme ?
« Il n’a pas disparu, il s’est déplacé vers de nouveaux eldorados technologiques et financiers. Si la figure traditionnelle du courtier en costard-cravate hurlant au téléphone a vieilli, l’hyper-capitalisme spéculatif perdure, notamment dans des secteurs hautement volatils comme les cryptomonnaies, l’intelligence artificielle spéculative ou les marchés non réglementés, où des fortunes colossales continuent de se bâtir à une vitesse fulgurante — parfois au mépris des règles élémentaires de protection des investisseurs, comme l’ont rappelé plusieurs faillites retentissantes de la tech ces dernières années.
Le paysage s’est polarisé en deux camps irréconciliables : d’un côté, un capitalisme de plateforme et de prédication technologique qui pousse la logique de la disruption à l’extrême ; de l’autre, une économie réelle de transition qui tente d’inventer un capitalisme régénératif. Le self-made man moderne navigue en équilibre instable entre ces deux injonctions : concilier la promesse historique de l’enrichissement individuel et l’impératif absolu de la préservation collective. » – Gemini
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