
Les clubs d’entrepreneurs, ces réseaux qui envahissent la sphère pro
Nous sommes naturellement attirés par nos semblables. Les entrepreneurs ne font pas exception et se retrouvent aujourd’hui au sein d’une nouvelle génération de clubs qui s’imposent dans la sphère professionnelle. Running matinal, dîners confidentiels, déjeuners d’affaires ou communautés thématiques, le réseau reste un pilier de l’entrepreneuriat, mais ses codes évoluent. L’ère du networking massif et événementiel laisse place à des clubs plus structurés et plus sélectifs, incarnés par des initiatives comme The Five Club ou le Founders Running Club. Des communautés qui cherchent à construire des relations durables et à produire de la valeur. Une mutation discrète mais profonde, que The New Siècle a choisi de décrypter.
Quand le réseau s’organise pour produire de la valeur
Et si le networking traditionnel avait atteint ses limites ? De nombreux professionnels le trouvent aujourd’hui à la fois superficiel et chronophage. Les événements ponctuels qui, certes, permettent la rencontre, peinent désormais à attirer un maximum de personnes. En résulte, pour les participants, une absence de connexion d’importance. De cette frustration est née une nouvelle approche : des réseaux structurés et continus. Les clubs d’entrepreneurs ne sont pas de simples clubs, ce sont des écosystèmes à part entière. Pour les rejoindre, il faut s’extirper d’une sélection de profils très rigoureuse et ne pas s’attendre à multiplier les rencontres. L’enjeu n’est plus d’enchaîner les contacts et d’augmenter son carnet d’adresses. Tout repose sur la qualité et la profondeur des échanges. La régularité des rencontres devient ainsi le nouveau levier d’influence.
Deux modèles, bien que très différents, illustrent cette transformation. D’un côté, les formats volontairement restreints comme The Five Club, qui misent sur l’intimité plutôt que sur la multiplication des rencontres. Accessible uniquement sur candidature, ce club privé réunit chaque semaine cinq fondateurs autour d’un dîner, dans un lieu tenu secret jusqu’à la dernière minute. L’idée n’est pas de provoquer des opportunités immédiates, plutôt de laisser les liens se créer naturellement. En limitant la taille des tables et en favorisant la régularité, The Five Club cherche à répondre à un besoin souvent peu formulé chez les entrepreneurs : rompre l’isolement, échanger avec des pairs qui vivent les mêmes réalités et construire un cercle dans la durée.
Ce positionnement explique en grande partie son succès. Là où les formats ouverts misent sur le volume, The Five Club revendique la rareté. Chaque table est pensée comme un micro-collectif cohérent, composé de profils comparables en termes de maturité entrepreneuriale afin de favoriser des échanges utiles et sans posture. La promesse n’est pas celle d’un retour sur investissement immédiat mais d’un capital relationnel qui se construit dans le temps. Cette approche séduit une génération de fondateurs déjà très sollicités pour qui le temps est devenu la ressource la plus rare. Présent à Paris, en Suisse (Lausanne, Genève), en Espagne (Marbella) et à partir de janvier à Dubaï et Montréal, le club revendique aujourd’hui plusieurs centaines de membres et un taux de récurrence élevé, signe que le besoin adressé dépasse largement l’effet de nouveauté. Plus qu’un club, The Five Club s’impose progressivement comme un rituel : un rendez-vous régulier et structurant, pensé pour durer.
D’autres clubs adoptent une logique presque opposée. Là où certains misent sur la confidentialité et la répétition de petits groupes, le Chinese Business Club, fondé par Harold Parisot, assume des formats plus larges et plus visibles. Ces déjeuners d’affaires réunissent une fois par mois plusieurs centaines de dirigeants, investisseurs, responsables politiques et acteurs médiatiques. Là où certains clubs cherchent à créer de la proximité ou à fédérer autour d’une vision commune, le Chinese Business Club assume une autre fonction : faciliter la circulation des relations et des opportunités à l’intérieur des sphères de décision. Longtemps présenté comme un pont entre la France et la Chine, il fonctionne aujourd’hui principalement comme un cercle d’affaires franco-français, incarnant une forme de networking institutionnalisé.
Créer du lien par l’expérience plutôt que par le discours
En plus d’une nouvelle forme d’organisation, une mutation s’opère dans la manière même de créer du lien. Les réunions formelles et les cocktails guidés n’intéressent plus : les relations professionnelles naissent autrement. Le Founders Running Club illustre cette tendance où le lien se crée d’abord par le mouvement. Courir ensemble, à heure fixe dans un cadre informel, avant de prolonger la discussion autour d’un café ou d’un repas. L’activité sportive abolit d’emblée les hiérarchies habituelles et installe une forme d’égalité entre les participants. En sortant des formats classiques de rencontre, les échanges se font plus directs, plus simples. La relation précède l’opportunité. Le réseau se construit autour d’un moment partagé et répété dans le temps, où la régularité compte autant que la conversation.
D’autres cercles misent sur cette même logique, sans passer par le sport. Des clubs privés comme Soho House ont fait de l’expérience partagée le cœur du lien professionnel, en s’adressant d’abord aux sphères créatives internationales. À Paris, le club est rapidement devenu un repaire pour les entrepreneurs de la nouvelle génération, où se croisent directeurs artistiques, réalisateurs, écrivains, stylistes ou encore musiciens. Cocktails, dîners, projections et moments informels dans des lieux pensés pour durer favorisent des rencontres sans agenda explicite. Le cadre, volontairement déconnecté des codes du bureau, permet des échanges plus libres.
Alors, comment expliquer une telle tendance ? Elle vient sans doute de l’hybridation entre les sphères professionnelle et personnelle. Aujourd’hui, les entrepreneurs ne cherchent pas uniquement à nouer des relations avec des personnes compétentes. Ils sont à la recherche de personnes qui partagent les mêmes valeurs. Partager un effort physique, une passion, ou une conversation intime permet de tester la résilience et la personnalité d’un futur partenaire d’affaires ou co-investisseur. La solidité de la relation professionnelle n’en est que plus forte selon les adeptes de ces cercles.
Entre vision et pouvoir : les clubs comme plateformes d’influence stratégique
Il ne faut pas seulement voir en cette évolution une amélioration structurelle du réseautage. Au contraire, c’est aussi une transformation. Les clubs d’entrepreneurs deviennent des plateformes d’influence stratégiques capables de déplacer des capitaux, des idées et des trajectoires. Le Blast Club illustre cette évolution. Cette initiative ne fait pas que relier entre eux des individus, elle organise l’accès au capital. Cette nouvelle structure (une communauté d’investissement privé se retrouve suite à une rigoureuse sélection) lui permet d’être un moteur d’action économique et un levier de financement.
De même, les communautés thématiques comme le Club 2039 (Intelligence artificielle) ou les cercles de dirigeants locaux se transforment en chambres d’écho et en lieux de co-construction stratégique. Par exemple, The Bitcoin Society imaginé par Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, s’est construit autour d’un sujet unique, le Bitcoin, pensé comme un enjeu économique et entrepreneurial à part entière. Plus qu’un réseau de rencontres, ce club se positionne comme un espace de réflexion et de transmission, où entrepreneurs, dirigeants et investisseurs cherchent à structurer une compréhension commune, sur le temps long. Le lien ne repose pas sur la fréquence des événements mais sur le partage d’un cadre intellectuel et d’une vision assumée.
Le club offre une tribune (pour partager et affiner sa vision), un lieu de validation (pour tester ses idées) et un accès privilégié aux informations, aux financements et aux décideurs influents. Ces clubs ne font plus de l’événementiel, ils font de la stratégie collective. Ils canalisent l’énergie et l’influence de leurs membres vers des objectifs précis. Leur impact en devient indéniable sur l’écosystème entrepreneurial des années 2020.
Aujourd’hui, ces clubs répondent à un besoin d’authenticité et de relations plus profondes, longtemps laissé de côté par le networking de masse, davantage centré sur les rôles que sur les personnes. Reste toutefois une question. En facilitant l’accès à certains cercles et à des opportunités jusque-là difficiles à atteindre, ces réseaux ouvrent-ils réellement le jeu ou participent-ils à la recomposition d’un nouvel entre-soi, plus discret et plus efficace ? Seul l’avenir le dira.
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