
Le sport dans le business : un accélérateur de connexion qui marche vraiment ?
Dans l’imagerie collective, le sport et le travail se retrouvent sur un terrain de golf, là où deux hommes d’affaires négocient des contrats. Seule une certaine élite semblait participer à ce mode de vie tout droit sortie d’un épisode d’un soap américain. Si en France comme ailleurs, le sport et le business entretiennent effectivement une étroite relation, le golf a aujourd’hui trouvé des remplaçants. Les contrats se discutent entre deux échanges au padel, durant un afterwork course à pied ou à l’occasion d’un tournoi de football en entreprise. Le sport s’est imposé comme un lieu à part entière du business français, entre stratégie relationnelle assumée et promesse de cohésion retrouvée. Reste une question : cette accélération du lien social par la sueur tient-elle vraiment ses promesses ou poursuit-elle les inégalités entre les individus ?
Du club de golf à la raquette de padel
S’il y a bien un sport qui s’impose comme l’archétype de ce basculement, c’est bien le padel. Ces dernières années, des clubs initialement pensés pour le networking ont vu le jour à Paris et dans les grandes métropoles : Net&Connect, Padel 40-0, Moov In Padel, Pulse ou encore Padel Circle Cup. La promesse est simple : réunir des dirigeants, des entrepreneurs et des cadres sur un même terrain, avant de prolonger la rencontre à l’occasion d’un after en dehors de la cage vitrée. D’après les chiffres de Net&Connect (qui compte 2 500 participants), ces événements auraient généré près de 1,75 million d’euros de chiffre d’affaires, en plus d’occasionner la création de plusieurs entreprises suite à des rencontres raquette en main.
Si le padel joue un rôle central dans ces rendez-vous professionnels d’un nouveau genre, c’est pour son accessibilité et son image rassurante. Contrairement au golf, chronophage et perçu comme élitiste, le padel se joue en double sur une surface réduite. Une heure suffit pour jouer un match, et même les débutants prennent rapidement en main les règles et le jeu. Le format en double oblige à communiquer en permanence avec son partenaire, ce qui crée naturellement de la conversation. Peu coûteux, facile à intégrer dans un agenda, il coche les cases des attentes du networking moderne : accessible, informel, et suffisamment ludique pour désamorcer la rigidité des rendez-vous classiques. Mais le padel n’est qu’une porte d’entrée parmi d’autres : clubs de running matinaux, séances de CrossFit entre associés ou défis HYROX entre dirigeants, tournois de football ou courses solidaires jouent aujourd’hui le même rôle, avec la même mécanique de fond.
La sueur comme catalyseur social
Les études sociologiques n’ont pas attendu les start-up et ses nouveaux rendez-vous professionnels pour noter l’efficacité du sport comme connecteur social. Une efficacité qui tient à plusieurs mécanismes, à commencer par l’effort physique partagé qui crée une forme d’égalité le temps d’un match : sur un terrain, la hiérarchie professionnelle s’estompe. Ensuite, la situation de jeu expose une part de vulnérabilité qui humanise des interactions souvent verrouillées par les codes professionnels. Enfin, le sport crée un rituel récurrent, condition classique de la construction de confiance : on ne noue pas un lien solide en un seul rendez-vous, mais en le répétant dans un cadre identifié, semaine après semaine.
De plus, si ces rendez-vous se font en dehors d’un cadre professionnel classique, ils permettent de donner un aperçu des tempéraments et personnalités. Non sans ironie, les habitués du networking sportif observent que le comportement sur un terrain peut donner des indices sur la manière de travailler de quelqu’un. Or, c’est justement cette porosité entre jeu et travail qui est l’argument de vente de ces clubs.
L'entreprise aussi s'y met
Ce phénomène ne trouve pas seulement sa place dans les clubs. En effet, en interne, les entreprises se mettent de plus en plus à structurer des politiques sportives, via notamment des séances hebdomadaires, des journées spéciales ou des challenges. D’après une étude publiée par United Heroes, plus de huit dirigeants sur dix qui ont mis en place ce genre de dispositif notent une amélioration du bien-être des salariés, une meilleure intégration des nouveaux arrivants et un esprit d’équipe plus solide. Un baromètre Ipsos souligne par ailleurs qu’une large majorité de Français (70%) jugent que le sport joue un rôle important dans la cohésion sociale au sens large.
La Fédération française du sport d’entreprise, qui promeut une stratégie nationale sport santé jusqu’en 2030, insiste sur ce triple bénéfice : santé physique, cohésion d’équipe et responsabilité sociale de l’entreprise. Le raisonnement économique n’est pas non plus absent : réduction de l’absentéisme, gestion du stress et sentiment d’appartenance renforcé sont autant d’arguments repris par les directions des ressources humaines pour justifier ces budgets.
Une dynamique qui ne profite pas à tout le monde
Mais cette mécanique a ses limites. D’abord parce que, malgré une image moins élitiste que le golf ou le tennis, le networking sportif reproduit souvent les mêmes logiques d’entre-soi : ce sont encore majoritairement des cadres dirigeants, dans des secteurs bien identifiés comme la finance, la tech ou le conseil, qui fréquentent ces clubs à plusieurs dizaines d’euros la séance. Ensuite parce que la question du genre reste posée : les recherches sur le networking par le golf montrent depuis longtemps que les espaces sportifs informels tendent à rester majoritairement masculins, y compris quand ils s’ouvrent officiellement aux femmes.
Enfin, tout le monde ne tire pas le même bénéfice d’un sport imposé ou fortement valorisé socialement dans son environnement de travail : la pression informelle à participer et à performer, la comparaison des niveaux, ou simplement l’absence d’appétence pour le sport peuvent transformer un outil de cohésion en facteur d’exclusion silencieuse pour celles et ceux qui restent en dehors du terrain. C’est pourquoi le sport doit être perçu comme ce qu’il est vraiment, et non comme une solution miracle. C’est un levier parmi d’autres qui ne peut pas remplacer une politique de diversité des espaces de rencontre professionnelle tels que les clubs d’affaires. Car, comme souvent, il facilite surtout la connexion à ceux qui sont déjà en position d’y accéder.
Les + vues
Inscrivez-vous !
INSCRIVEZ-VOUS À
NOTRE NEWSLETTER !
![]()
Renseignez votre adresse mail
pour recevoir nos nouveautés
et rester informé de nos actualités.
Top Mots Clés :
Laisser un commentaire