
Hélène Huby : l’entrepreneuse qui veut offrir l’espace à l’Europe
Journalisme, haute administration, industrie aérospatiale : le parcours d’Hélène Huby est atypique, mais lui permet aujourd’hui de se présenter comme une figure d’influence de l’exploration spatiale européenne. Si elle n’hésite pas à citer Elon Musk comme source d’inspiration, elle souhaite surtout bâtir sa propre approche pour permettre à l’Europe de ne pas perdre la course à la conquête de l’espace. Pour cela, elle veut offrir au continent sa propre alternative aux capsules américaines de SpaceX. Comment cette entrepreneuse, faite Chevalière de l’ordre national du Mérite, espère-t-elle mener à bien sa mission ?
Une formation d'élite, l'espace par hasard
Si certains rêvent de l’espace dès leur plus jeune âge, d’autres n’ont pas immédiatement la tête dans les étoiles. La formation d’Hélène Huby nous le prouve, elle qui a suivi un long parcours loin de la conquête spatiale. Il n’en reste pas moins impressionnant : classe préparatoire au lycée Henri-IV, ENA, Sciences Po, une succession d’institutions à faire pâlir de jalousie un candidat à la présidentielle. Bien qu’elle soit désormais loin de la sphère politique, elle connaît bien le milieu, elle qui s’est retrouvée au ministère chargée de la Recherche en tant qu’administratrice civile.
Cette formation d’élite la propulse donc logiquement dans la haute fonction publique. Elle n’y reste pas, puisqu’elle opte finalement pour la presse dans le secteur privé, d’abord chez Europolitics à Bruxelles, puis chez le groupe Bayard. Elle rejoint ensuite l’entreprise Fabernovel, en Allemagne, où elle contribue au développement de projets numériques : le service Digital Trends de création automatique de diaporamas en 2009, puis la plateforme de financement participatif Glifpix, dédiée aux projets journalistiques, en 2010. C’est en s’installant en Allemagne avec son mari, muté pour son travail, qu’elle dit être arrivée dans le secteur spatial presque par hasard.
L'ascension chez Airbus et ArianeGroup, un tournant vers le spatial
Un hasard, certes, mais qui fait honneur à son parcours dans l’élite. En 2013, Hélène Huby intègre Airbus Group comme vice-présidente de la stratégie spatiale. Commence alors une succession de mouvements à l’intérieur du même écosystème : directrice de programme chez ArianeGroup, pilotage de l’nnovation à la division Airbus Defence and Space, vice-présidente du programme Orion-ESM. Cette évolution est la preuve de son haut potentiel. Elle commence par faire ses preuves sur des fonctions de siège avant de prendre des responsabilités opérationnelles plus lourdes. Ce parcours porte ses fruits et lui permet de se faire un nom. En 2016, elle apparaît dans la liste des cent jeunes leaders de l’économie française, selon l’Institut Choiseul.
En 2017, elle porte une nouvelle casquette en lançant Global Space Ventures, un fonds de capital-risque qui vise à financer des start-up du secteur spatial. Ce rôle d’investisseuse est une première pour elle. Une première qui joue un rôle clé dans la suite de son aventure. En effet, elle est convaincue qu’il existe une place pour un acteur privé européen face aux capsules américaines. Ce chemin sera le sien : elle quitte Airbus Defence and Space en 2021 pour fonder sa propre entreprise… à la conquête de l’espace.
The Exploration Company : bâtir la capsule spatiale européenne
Avec le soutien d’ingénieurs venus d’Airbus et d’ArianeGroup, Hélène Huby fonde The Exploration Company en juillet 2021. L’entreprise développe Nyx, une capsule spatiale réutilisable de quatre mètres de diamètre, capable de transporter jusqu’à 4 000 kg de fret. L’objectif est donné : l’entreprise souhaite opérer un premier vol vers la Station spatiale internationale autour de 2028, dans le cadre du programme européen de service de retour de fret depuis l’orbite basse. L’expansion de la compagnie confirme que les ambitions d’Hélène Huby étaient les bonnes. D’une poignée de salariés à ses débuts, TEC en compte désormais plus de 400. En 2021, elle levait 5 millions d’euros, un montant qui passe à 40 millions début 2023. Enfin, en novembre 2024, elle lève une série B d’environ 150 millions d’euros. Fin 2025, sa valorisation était estimée à 500 millions d’euros. TEC a aussi signé un accord avec la NASA, une première pour une entreprise spatiale privée européenne, ainsi que des contrats avec les stations privées Starlab et Haven-2.
Cependant, il ne faut pas croire qu’Hélène Huby n’a croisé aucun obstacle sur sa route. En juin 2025, pour citer un exemple bien concret, le démonstrateur Mission Possible a atteint l’orbite et a réussi son entrée atmosphérique, mais le contact a été perdu avant l’amerrissage. Résultat, il fut impossible de récupérer la capsule, ainsi que sa cargaison, perdue dans l’océan Pacifique. Pour TEC, ce n’est pas un échec, mais un succès partiel. Depuis, l’entreprise multiplie les essais pour préparer les prochaines étapes du programme Nyx et limiter les risques de mauvaises surprises.
La trajectoire d’Hélène Huby est peu commune, elle qui ne rêvait pas de toucher les cieux quand elle suivait ses cours de classe préparatoire au lycée Henri-IV. Pourtant, des années plus tard, elle suit de près les tests réalisés aux bassins d’essai pour les capsules Nyx. Malgré les aléas techniques inhérents à ce secteur qui n’autorise aucune erreur, aussi petite soit-elle, elle a fait de The Exploration Company l’un des symboles de l’ambition spatiale européenne, avec un rendez-vous désormais attendu : le premier vol de Nyx vers la Station spatiale internationale, prévu autour de 2028.
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