
Du Palais de Justice au faste versaillais : l’ascension singulière de Katia Lobato
Rien ne prédestinait cette femme de loi à l’effervescence du luxe. En 2017, Katia Lobato est greffier d’audience au Tribunal de commerce de Paris lorsqu’une décision fait basculer son destin : la location saisonnière de son appartement, au pied du Château de Versailles. Elle lance un concept d’hébergement tourné autour de l’art de vivre à la française permettant de personnaliser un séjour passé au sein de son appartement, à Versailles. Elle fonde et dépose sa marque Les Demoiselles à Versailles en même temps. Ce complément de revenus ouvre une vocation. Sans réseau ni investisseur, Katia Lobato mène une double vie haletante : la rigueur judiciaire le jour, les locations saisonnières les soirs et week-ends. Elle finit par quitter la robe pour les clés d’or: l’aventure des Demoiselles à Versailles, première conciergerie de locations saisonnières d’exception créée dans la cité royale se poursuit. Ce nom, dont les initiales « D et V » rendent hommage à ses filles Diane et Victoria nées à Versailles, scelle une signature affirmée d’une vision du luxe à Versailles. Aujourd’hui la conciergerie est implantée à l’international et a ouvert son réseau de franchise.
Après dix ans à bâtir son expertise et son influence en autodidacte, Katia Lobato dévoile les coulisses de son parcours dans le luxe, dans son ouvrage inititulé “Du Noir à l’Or” disponible en précommande.
Au fil de cet entretien exclusif, Katia Lobato lève le voile sur sa mécanique entrepreneuriale : le saut dans le vide hors du confort salarié, les arbitrages de l’ombre qui forgent l’ADN d’une marque et cette identité profonde qui mûrit bien avant de s’exposer au grand jour. Un retour d’expérience qu’elle transmet désormais à celles et ceux qui, comme elle, partent d’une page blanche pour bâtir leur propre maison de prestige.
I. La genèse d'une métamorphose
Votre profil initial semble à l’opposé de l’univers feutré de la conciergerie de luxe. Pourtant, un simple investissement locatif à Versailles a agi comme un catalyseur.
1 – À quel moment avez-vous compris que ce « projet du week-end » mutait en une marque internationale ?
« Je n’ai pas eu un moment précis où je me suis dit : “ça y est, c’est devenu une marque”. Ça s’est fait progressivement. À la base, c’était simplement un investissement personnel, mais que je gérais déjà avec énormément d’exigence. Chaque détail comptait pour moi.
Le vrai tournant est arrivé après l’ouverture de mon appartement, quand le magazine du Château de Versailles a publié un article sur mon activité et m’a présentée comme une ambassadrice de l’art de vivre à la française à Versailles. À partir de là, des propriétaires ont commencé à me contacter spontanément pour me confier leurs biens.
C’est surtout à ce moment-là que j’ai compris qu’il y avait un vrai besoin et qu’on attendait autre chose qu’une simple gestion locative. Les propriétaires recherchaient une approche plus humaine, plus exigeante, avec une vraie attention portée aux lieux et aux personnes.
Petit à petit, le projet a pris une autre dimension. Mais je crois que ce qui a toujours guidé Les Demoiselles à Versailles, c’est cette même exigence depuis le départ. » – Katia Lobato
Pendant plusieurs années, vous avez concilié la rigueur du tribunal et l’audace de l’entrepreneuriat.
2 – Qu’est-ce qui, finalement, vous a permis de briser le plafond de verre de la sécurité du salariat pour « trancher » en faveur de l’inconnu ?
« Ce qui a fait basculer la décision, c’est surtout cette envie de liberté devenue trop forte. Tant que j’étais salariée, j’avais l’impression d’être en permanence entre deux mondes. Je posais des congés pour avancer sur mon activité, je travaillais le soir, les week-ends… Tout était fragmenté.
À un moment, cette frustration est devenue plus lourde que la peur de quitter le salariat. J’avais besoin de consacrer toute mon énergie à mon entreprise, avec de la continuité, de la cohérence aussi. Je pense que lorsqu’on est entrepreneur, il arrive un moment où l’on sait qu’on ne peut plus avancer à moitié. Il faut accepter de prendre le risque et s’engager totalement. » – Katia Lobato
Vous présentez votre bagage juridique comme un levier stratégique.
3 – Comment la rigueur des audiences se traduit-elle dans la gestion d’une marque de prestige ?
« Le tribunal m’a appris une chose essentielle : rien n’est laissé au hasard. Dans une audience, chaque mot compte, chaque détail peut avoir des conséquences. Cette rigueur m’est restée. Aujourd’hui encore, dans la conciergerie, j’ai cette même attention au détail et cette même discipline dans la façon de travailler. Quand on gère des biens de valeur, mais aussi les attentes de propriétaires et de vacanciers très exigeants, on n’a pas le droit à l’approximation.
Le droit m’a aussi appris la discrétion et la posture. Dans cet univers, les clients ne cherchent pas quelqu’un qui en fait trop. Ils recherchent quelqu’un de fiable, de stable, capable de gérer les situations avec calme. Cette rigueur rassure énormément les propriétaires. Ils savent que leurs biens sont suivis avec sérieux, mais aussi avec une vraie compréhension des enjeux humains et financiers. » – Katia Lobato
II. Incarner Versailles pour bâtir un univers de référence
Passer de la gestion de son propre bien à une conciergerie de luxe pour tiers est un changement de paradigme total.
4 – Comment avez-vous industrialisé votre vision sans en perdre l’essence ?
« Je n’ai jamais industrialisé le métier. Et je ne veux surtout pas devenir une conciergerie industrialisée. Il y a évidemment des fonctions opérationnelles qui ont dû être structurées parce qu’en grandissant, certaines tâches deviennent très chronophages. Le ménage, la logistique, toute l’organisation autour des séjours… Forcément, il faut une structure solide.
Mais tout ce qui fait l’essence du métier est resté très humain. La sélection des lieux, la relation avec les propriétaires, les échanges avec les vacanciers… Tout ça reste entièrement sur mesure.
On est davantage dans une vision haute couture de la conciergerie. On prend le temps. On reste accessibles. Et c’est justement ce qui fait aujourd’hui notre différence dans un marché où énormément de micro conciergeries se sont créées avec un effet de mode. J’espère vraiment ne jamais perdre cette dimension humaine. » – Katia Lobato
Versailles n’est pas un simple emplacement géographique, c’est un univers narratif que vous avez choisi d’habiter.
5 – Comment transforme-t-on un territoire chargé d’histoire en un actif de marque ?
« Versailles porte déjà énormément de choses : une histoire, des codes, une exigence du détail, une certaine idée du service aussi. Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas de rester dans quelque chose de figé ou de purement décoratif.
Je voulais reprendre certains codes de Versailles et les faire vivre de manière plus contemporaine. Moderniser cette vision de l’art de vivre français sans tomber dans quelque chose d’ancien ou de caricatural.
Au fond, les clients ne viennent pas seulement chercher un lieu. Ils recherchent une expérience, une atmosphère, une façon d’être accueillis. Versailles apporte naturellement cette dimension-là lorsqu’elle est bien interprétée. » – Katia Lobato
III. Déconstruire le mythe de la réussite
Vous affirmez que le doute fait partie du voyage entrepreneurial.
6 – Mais en plein orage, comment discerner le doute qui impose de pivoter de celui qui exige de tenir bon ?
« Je pense qu’il y aura toujours des périodes de doute dans l’entrepreneuriat. Le problème n’est pas le doute lui-même, mais la façon dont on le gère. Parfois, le doute peut être utile parce qu’il oblige à prendre du recul et à se remettre en question. Mais il y a aussi les doutes extérieurs, ceux que les autres projettent sur vous, et ce sont souvent les plus difficiles à gérer.
Quand on croit profondément à une vision, il faut apprendre à rester solide même lorsque l’environnement autour devient instable. Ce n’est pas toujours simple. Avec le temps, j’ai compris qu’entreprendre demande surtout beaucoup de lucidité et de résistance mentale. » – Katia Lobato
Vous formez aujourd’hui des entrepreneurs qui veulent créer dans le luxe. On dit souvent que les codes de cet univers sont impalpables.
7 – Pour vous qui les enseignez, quel est le « déclic » ou le détail que la plupart des jeunes entrepreneurs négligent et qui est pourtant essentiel pour être crédible dans ce secteur ?
« Je pense que beaucoup se concentrent uniquement sur les compétences ou sur les codes du luxe. Mais ce qui fait vraiment la différence, c’est le mindset. La posture compte énormément. La façon de parler, de se comporter, de gérer la pression, d’avoir de l’exigence envers soi-même aussi. Dans le luxe, il y a un niveau d’exigence très élevé. Et si vous n’avez pas cette discipline personnelle, cette capacité à tenir dans la durée, tout finit par s’écrouler.
C’est quelque chose que j’essaie beaucoup de transmettre. Le mindset se travaille. On n’est pas tous égaux face à ça au départ, mais c’est indispensable si l’on veut construire quelque chose de solide. La crédibilité ne se décrète pas, elle se perçoit instantanément dans la constance. Et cette constance, elle se construit dans les détails que personne ne voit… Sauf le client. » – Katia Lobato
Vous avez été contactée par une maison d’édition pour écrire un livre sur votre parcours. Il s’adresse à celles et ceux qui sont « dans le faire ».
8 – S’il ne fallait retenir qu’une seule vérité, celle que les success-stories classiques effacent toujours et qu’aucun manuel n’enseigne, quelle serait-elle ?
« L’audace. Je pense que tout part de là. Assumer sa vision, son idée créative, même au début lorsqu’elle n’est pas encore totalement construite. Beaucoup de personnes ont des idées. Mais entre avoir une idée et réellement passer à l’action, il y a un énorme écart. Et souvent, ce qui manque, c’est justement ce déclic.
Vous pouvez avoir une idée extraordinaire, mais s’il n’y a pas cette audace qui vous pousse à agir, rien ne se passe, rien ne démarre vraiment. Je crois qu’on attend souvent d’être prêt, d’avoir toutes les réponses, le bon timing, les bonnes conditions. Mais l’entrepreneuriat ne fonctionne pas comme ça. À un moment, il faut se lancer et assumer pleinement sa vision. Pour moi, sans audace, il n’y a pas de business. » – Katia Lobato
The New Siècle remercie Katia Lobato d’avoir répondu à notre interview et ainsi partager sa vision et son expérience à nos lecteurs.
Interview réalisée en collaboration avec Les Demoiselles à Versailles et DV Créations Luxe.
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