Dans cet entretien exclusif, The New Siècle revient avec Jérôme Chabin sur la revalorisation d’un métier longtemps sous-estimé, sur la manière dont IAD a imposé son modèle de mandataires face au scepticisme initial puis sur l’ascension qui a conduit le groupe au rang de licorne. Il évoque la croissance internationale, ses atouts compétitifs face aux acteurs établis et l’impact de l’IA sur le travail des conseillers. L’échange aborde aussi sa stratégie d’investissement avec 4HIM et son ambition de développer IAD en Asie.

I. Affirmer un métier et défendre une vision

En 2008, lorsque vous avez fondé iad Group, la profession d’agent immobilier indépendant souffrait d’une image peu valorisée. Vous affirmiez pourtant dès le départ que c’est « l’un des plus beaux métiers du monde ».

1 – Comment avez-vous réussi à rehausser le prestige de ce métier et à attirer vos premiers conseillers, à une époque où le modèle du mandataire suscitait encore scepticisme et méfiance ?

« Nous avons commencé par changer le narratif. Là où l’ancien monde voyait des ‘commerciaux’, nous avons vu des ‘entrepreneurs’. Avec Malik et Sébastien, notre pari, dans ce garage de Seine-et-Marne, c’était que la technologie ne devait pas remplacer l’humain mais le libérer des contraintes physiques et financières d’une agence vitrée. 

Pour attirer les premiers (celles et ceux que nous appelons les pionniers), il fallait leur vendre plus qu’un job : il fallait leur vendre une destinée et une vision. Nous leur avions dit : “Ne travaillez plus pour une enseigne, bâtissez votre propre fonds de commerce avec notre soutien. Ainsi, nous deviendrons le premier réseau immobilier du monde.”

Nous n’avons pas seulement digitalisé une agence, nous avons démocratisé l’accès à la réussite entrepreneuriale. Le prestige de ce métier revient quand on rend à l’agent sa liberté et sa juste valeur ajoutée. Aujourd’hui, iad c’est 18 000 conseillers répartis dans 8 pays. Nous changeons des vies et nos conseillers changent la vie de nos clients (pour mémoire, une grande majorité de français rêve de devenir propriétaire de leur logement). » – Jérôme Chabin

Le modèle IAD repose sur le marketing de réseau. Vos mandataires peuvent parrainer d’autres conseillers et toucher des commissions sur leur chiffre d’affaires.

2 – Que répondez-vous à ceux qui comparent ce fonctionnement à une pyramide financière ?

« Je leur réponds par une distinction fondamentale : une pyramide s’effondre car elle ne repose que sur l’argent des entrants. iad repose sur la production de richesse réelle : la vente de biens immobiliers. 

Le marketing de réseau, c’est l’essence même de l’économie du partage appliquée au business. C’est un système méritocratique où la réussite de l’un entraîne celle de l’autre. Dans une pyramide, les gagnants sont ceux qui arrivent les premiers. Chez iad, les gagnants sont ceux qui exercent leur métier avec passion. Nous avons remplacé la compétition stérile par la coopération rémunératrice. » – Jérôme Chabin

II. De start-up locale à licorne internationale

En février 2021, IAD réalise une levée de fonds de 300 millions d’euros, portant sa valorisation à 1,2 milliard et entrant ainsi dans le club des licornes de la French Tech.

3 – Qu’est-ce que l’appui de ces investisseurs vous a permis d’entreprendre que vous n’auriez pas tenté autrement ?

« Cette levée de fonds n’était pas une fin en soi, c’était du carburant pour mieux gérer notre hyper-croissance. Elle nous a offert deux choses inestimables : le temps et l’audace. Elle nous a permis d’investir massivement dans l’humain, la tech et la data, et surtout, de continuer à ouvrir plusieurs marchés internationaux simultanément. Avec eux, nous sommes devenus encore plus conquérants. 

Devenir une licorne a changé notre statut, pas notre ADN. C’est simplement la preuve que notre modèle de “garage” est devenu un standard mondial. Le choix d’Insight, qui est l’un des plus grands fonds américain, n’est pas innocent car il nous ouvre les portes des USA. Insight a également réalisé plusieurs IPO, dont Twitter à l’époque… 

Pour finir, j’ajoute qu’aucune levée de fonds n’aurait pu acheter un état d’esprit comme il règne dans notre réseau ni cette fierté d’appartenance à iad. C’est ce dont je suis le plus fier ! » – Jérôme Chabin

Début 2024, le groupe a posé le pied aux États-Unis après s’être implanté au Portugal, en Espagne, en Italie, au Mexique, en Allemagne et au Royaume-Uni. Vous visez désormais la place de n°1 mondial.

4 -Qu’est-ce qui constitue aujourd’hui votre véritable avantage compétitif face aux géants locaux déjà installés sur le marché ?

« Notre avantage est structurel et culturel. Les géants locaux ont des coûts fixes hérités du XXe siècle. Nous, nous voyageons léger, tout est dans l’humain, tout est dans le cloud. Mais au-delà des coûts, c’est l’esprit “iad” qui fait la différence (le “sang bleu” comme nous l’aimons à le dire). 

Aux États-Unis, comme souvent ailleurs, l’agent immobilier est souvent un loup solitaire. Nous arrivons avec une communauté d’entrepreneurs solidaires. Ce modèle collaboratif est une anomalie positive sur ces marchés saturés. La pierre est locale, mais l’aspiration à la liberté est universelle. Notre force, c’est d’exporter non pas une marque mais un état d’esprit qui transcende les frontières. » – Jérôme Chabin

Les réseaux de mandataires comme le vôtre ont surperformé ces dernières années, affichant jusqu’à +30 % de croissance là où le marché immobilier global stagnait autour de +10 %. Fin 2024, ils représentaient ainsi 26 % de part de marché en France, un niveau jamais vu, qui pourrait frôler les 30 % fin 2025.

5 – Redoutez-vous une forme de régulation face à la disruption que vous incarnez ou au contraire, voyez-vous une opportunité de collaboration avec ces acteurs historiques ?

« Il y a eu quelques tentatives de la part de nos concurrents historiques. Mais l’histoire économique nous enseigne qu’on ne régule pas une innovation qui profite au consommateur final. Si nous prenons des parts de marché, c’est parce que les clients nous plébiscitent. Je ne suis pas dans une logique de guerre, plutôt d’évolution. 

Le marché est assez grand pour que différents modèles coexistent, cependant il est impitoyable avec ceux qui refusent de s’adapter. On ne peut pas arrêter la marée, on doit apprendre à surfer dessus. Nous ne sommes pas là pour tuer les agences traditionnelles, mais pour forcer tout le secteur à élever son niveau de jeu. L’enjeu étant la satisfaction de nos clients. » – Jérôme Chabin

III. L’innovation comme moteur

Le 11 juin 2025, lors du Paris IA Immo Day, vous êtes intervenu pour échanger sur le lien entre intelligence artificielle et immobilier.

6 – Comment les outils d’IA (machine learning, automatisation…) transforment-ils le quotidien de vos conseillers immobiliers ?

« L’IA est un levier de puissance, pas un remplaçant. Chez iad, nous utilisons l’IA pour tout ce qui est chronophage et sans âme : l’analyse de données, l’estimation prédictive, la rédaction administrative. Cela permet à nos conseillers de se concentrer sur ce qu’aucune machine ne saura jamais faire : l’empathie, l’écoute, et la gestion émotionnelle d’un projet de vie. Je ne crois pas à l’IA pour l’IA. L’immobilier de demain sera “bionique”. Une technologie de pointe au service d’une humanité décuplée. L’IA gère la data, nos conseillers gèrent l’humain. Et cela continuera ainsi pendant plusieurs décennies. » – Jérôme Chabin

En parallèle, vous avez créé votre propre fonds d’investissement, baptisé 4HIM, pour soutenir de jeunes pousses de la proptech et d’autres secteurs innovants.

7 – Sur quels types de projets misez-vous pour faire éclore de nouvelles licornes à votre tour ?

« Je cherche l’étincelle. Je n’investis pas seulement dans des business plans, j’investis dans des tempéraments. Je cherche des fondateurs qui ont cette résilience un peu folle que nous avions en 2008. Je m’intéresse à la Proptech, bien sûr, mais aussi à tout projet qui utilise la tech pour simplifier la vie des gens ou “disrupter” des rentes établies. Je veux être pour eux le mentor que j’aurais aimé avoir. 

Mon but n’est pas juste de faire du profit, c’est de “renvoyer l’ascenseur” à la prochaine génération de rêveurs pragmatiques. Conjuguant mon rôle d’investisseur et ma nature d’entrepreneur, je développe en parallèle une startup innovante dans le secteur de la santé et de l’IA, associé avec un partenaire de longue date. » – Jérôme Chabin

IV. L’Asie en ligne d’horizon, la santé en mission

Vous avez confié rêver de conquérir un jour le marché asiatique, comme un clin d’œil à vos origines.

8 – Que représenterait pour vous la réussite d’IAD en Asie, et notamment en Corée du Sud, le pays qui vous a vu naître ?

« Ce serait la boucle parfaite, même si cela ne se fera pas tout de suite car nous avons d’autres pays à conquérir avant. Cela serait l’accomplissement ultime d’un parcours de vie. Revenir sur ma terre natale en apportant de la valeur et des opportunités aux entrepreneurs locaux, ce serait une immense fierté. 

C’est aussi la preuve finale que le modèle iad est sans frontières. Si nous réussissons en Corée, un marché ultra-digitalisé et exigeant, nous aurons tout prouvé. Ce n’est pas qu’une stratégie business, c’est une quête de sens. Planter le drapeau iad à Séoul, c’est réconcilier mon histoire personnelle avec mon destin entrepreneurial. » – Jérôme Chabin

On vous retrouve également vice-président du Fond’Action Isaac, qui finance la recherche sur la maladie cœliaque.

9 – Qu’est-ce qui vous a conduit à vous investir dans cette cause de santé publique, malgré un agenda déjà très chargé ?

« Quand on a la chance d’avoir réussi, je pense qu’on a le devoir de s’engager et de redonner. L’entrepreneuriat ne sert à rien s’il ne sert qu’à soi-même. C’est la raison pour laquelle je m’engage dans certaines causes comme l’aide aux orphelins ou encore la maladie de cœliaque. Cette dernière est un combat de santé publique sous-estimé. 

Le succès se mesure aux chiffres, mais la réussite d’un homme se mesure à son impact sur les autres. Si mon réseau peut soulever des montagnes pour l’immobilier, il doit aussi pouvoir le faire pour la science et pour soutenir d’autres causes. » – Jérôme Chabin

The New Siècle remercie Jérôme Chabin d’avoir répondu à notre interview et ainsi partager sa vision et son expérience à nos lecteurs.

Nom d'auteur Juliette Lamy
Juliette Lamy a fait ses armes dans l’audiovisuel puis à la rédaction de Gala.fr et Webedia. Au sein de The New Siècle, elle orchestre les formats exclusifs : Interview, 1 Min Chrono, Le Versus et Entretien avec l’IA. Quelle que soit la thématique, intelligence artificielle, innovations, gaming, elle traque toujours l’intention. Ce que cela change, pour qui... et surtout pourquoi.
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