Dans cet entretien, The New Siècle revient avec Franck Sauvonnet sur la rupture que représente la Cost Intelligence face aux méthodes traditionnelles, sur l’alliance entre l’humain et Sherlock, la machine qui fonde l’approche d’AREXA, et sur sa vision d’un nouveau standard de la performance économique porté par l’exploitation intelligente des données.

I. La Cost Intelligence, une rupture avec les méthodes traditionnelles

Vous portez un concept que vous défendez comme une nouvelle discipline à part entière, la Cost Intelligence. Vous partez du constat que les entreprises continuent d’utiliser des méthodes obsolètes (audits ponctuels, contrôles par sondage, renégociations fournisseurs…) alors que la complexité de leurs organisations a explosé.

1 – À partir de quel volume ou de quel type de données une entreprise bascule-t-elle dans une complexité que les méthodes traditionnelles ne peuvent plus absorber ?

« La rupture ne dépend pas uniquement du volume de données. Elle apparaît lorsque leur complexité dépasse les capacités d’analyse humaine. Une entreprise de quelques centaines de collaborateurs produit déjà plusieurs millions de lignes de données chaque année : paie, comptabilité, achats, banques, assurances, intérim, fiscalité, contrats, ERP, SIRH… Chacune de ces données est pertinente prise isolément, mais la valeur se cache dans leurs interactions. À partir de ce moment-là, les méthodes traditionnelles atteignent leurs limites.

Cela fonctionne encore lorsque les organisations sont simples, mais les entreprises d’aujourd’hui sont devenues des systèmes complexes. Les données se comptent en millions, les règles de gestion en milliers et les interactions sont quasi infinies. Aucune équipe, aussi compétente soit-elle, ne peut analyser exhaustivement cet ensemble. C’est précisément là qu’intervient la Cost Intelligence. Elle analyse l’ensemble des données disponibles, détecte automatiquement les anomalies, les incohérences et les opportunités financières invisibles, puis mobilise l’expertise métier pour les qualifier, les sécuriser et les transformer en cash.

La vraie rupture n’est donc pas une question de taille d’entreprise. Une ETI de 500 salariés peut déjà avoir atteint ce niveau de complexité, tandis qu’un grand groupe international y est confronté depuis longtemps. Ce qui change, c’est que les technologies d’IA et de data science permettent désormais d’exploiter cette complexité au lieu de la subir. » – Franck Sauvonnet

Vous définissez la Cost Intelligence comme le passage d’une « logique d’échantillonnage à une logique d’exhaustivité » pour détecter les signaux faibles. 

2 – Pouvez-vous nous partager un cas client où cette approche a révélé un gain ou un risque majeur que personne n’avait anticipé et qu’un audit classique aurait raté ?

« Celui qui illustre particulièrement bien cette différence concerne un très grand groupe bancaire français, employant plus de 100 000 collaborateurs en France. À ce titre, il figure parmi les plus importants contributeurs aux cotisations sociales du pays et autres impôts et taxes. Ses équipes en charge de la paie comptent parmi les plus expérimentées. Elles s’appuient au quotidien sur des juristes, des avocats spécialisés, des experts-comptables, les éditeurs de logiciels de paie et des processus de contrôle particulièrement rigoureux.

Pourtant, en analysant 100 % des données de paie sur plusieurs années, sans partir d’une hypothèse prédéfinie, nos algorithmes ont mis en évidence un phénomène totalement invisible : une combinaison très spécifique de règles de paie, de conventions collectives et de situations individuelles générait, dans certains cas précis, des trop-versés de cotisations sociales. 

Personne ne recherchait cette anomalie, tout simplement parce que personne  n’imaginait qu’elle puisse exister. Un audit traditionnel aurait concentré ses investigations sur des risques identifiés ou des points de contrôle connus. Ici, c’est la donnée elle-même qui nous a conduits vers une opportunité absente de la feuille de route des experts.

Résultat, plusieurs millions d’euros de gains ont été identifiés. Jusqu’à 5% d’impact sur l’EBE et 0,5% sur la masse salariale tout en préservant le capital humain et l’emploi. C’est précisément ce qui distingue la Cost Intelligence. Elle explore l’ensemble des données pour révéler des signaux faibles, des anomalies et des opportunités que personne n’avait pensé à rechercher. L’expertise métier intervient ensuite pour qualifier ces découvertes, les sécuriser juridiquement et les transformer en valeur concrète pour l’entreprise. » – Franck Sauvonnet

II. L'alliance de l'humain et de la machine

Chez AREXA, vous dites combiner expertise humaine, data science et intelligence artificielle pour analyser des millions de lignes de données.

3 – Où s’arrête la machine et où débute le jugement humain ?

« L’algorithme détecte, les experts arbitrent.
Notre technologie de rupture fondée sur la data science pour décupler le regard des experts a un nom : Sherlock. Sherlock est extraordinairement performant pour analyser des millions de lignes de données, croiser des milliers de variables, détecter des corrélations invisibles ou faire émerger des signaux faibles qu’aucun être humain ne pourrait identifier dans un délai raisonnable.

En revanche, il ne prend aucune décision. Il apporte une capacité d’analyse exhaustive et une puissance de calcul sans précédent. L’expertise humaine apporte le discernement, l’interprétation, la sécurisation juridique et la capacité à transformer une détection en une décision créatrice de valeur. Au fond, la Cost Intelligence permet aux experts d’être plus rapides, plus précis et de consacrer leur temps à l’arbitrage. » – Franck Sauvonnet

Vous insistez sur le fait que l’intelligence artificielle « ne remplace pas l’expert, elle augmente sa capacité d’analyse ».

4 – Comment garantissez-vous la fiabilité et la pertinence des signaux détectés ?

« La fiabilité repose sur plusieurs niveaux d’analyse et de contrôle. Tout commence par les données, qui doivent être collectées, anonymisées, nettoyées, structurées et fiabilisées. C’est une étape essentielle. Nous effectuons des contrôles à chaque phase puis Sherlock analyse des millions de lignes de données pour détecter des écarts, des incohérences, des corrélations ou des combinaisons de règles pour faire émerger des signaux.

Le troisième niveau est, à mes yeux, le plus important : l’expertise humaine. Chaque signal est analysé par nos spécialistes métier, qu’il s’agisse des charges sociales, de la fiscalité, des assurances, des frais bancaires, des achats ou du travail temporaire. Ils valident les résultats, écartent les faux positifs et apprécient leur portée opérationnelle.

Lorsque le sujet présente une dimension juridique, nous travaillons en coréalisation avec des avocats spécialisés. Enfin, nos recommandations sont présentées au client, qui conserve toujours la décision finale. En cas de doute, nous pouvons solliciter un rescrit auprès de l’administration afin d’obtenir une position officielle.

Au final, un nombre considérable de points de sécurisation est mis en place. Notre meilleure preuve de fiabilité reste toutefois très concrète : les résultats. Les gains identifiés sont documentés, justifiés et vérifiables. Lorsqu’ils donnent lieu à des demandes de remboursement, nous les défendons auprès des organismes concernés. » – Franck Sauvonnet

III. Un nouveau modèle de performance

Selon vous, les entreprises les plus performantes ne seront pas celles qui négocieront le mieux leurs coûts, mais celles qui sauront exploiter intelligemment leurs données. 

5 – Qu’est-ce que cela change concrètement pour un directeur financier qui pilote encore ses coûts à l’ancienne ?

« Notre approche a un triple effet : un impact P&L direct, du Cash Back rapide, et une hausse mécanique de l’EBE. Prenons l’exemple d’une entreprise du secteur du BTP de 500 salariés en France, réalisant 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et ayant recours au travail temporaire à hauteur d’environ 5 millions d’euros par an. Le gain potentiel peut atteindre entre 1 et 1,5 million d’euros sur trois ans, avec un impact significatif sur l’EBE et la trésorerie, notamment grâce au cash back récupérable.

Notre approche permet de préserver la performance passée, présente et future en supprimant les pertes de valeur invisibles au sein des charges. Cette démarche s’effectue sans risque juridique, sans risque financier, sans risque pour l’organisation et sans impact sur le capital humain.

Elle présente également plusieurs bénéfices complémentaires. La mobilisation des équipes reste limitée tout au long de la mission. L’entreprise renforce sa conformité, bénéficie d’un transfert de savoir-faire vers ses collaborateurs et s’inscrit dans une logique de contrôle continu. » –  Franck Sauvonnet

Toutes les entreprises n’ont pas le même profil de coûts ni le même niveau de complexité dans leurs flux financiers.

6 – Quels sont les secteurs ou les typologies d’entreprises où la Cost Intelligence a le potentiel de gains le plus immédiat et le plus significatif aujourd’hui ?

« AREXA – Cost Intelligence s’adresse à toutes les entreprises. Dès lors qu’une organisation génère des données et supporte des charges d’exploitation, il existe un potentiel de création de valeur.

Nous observons également qu’au-delà d’un certain seuil, la complexité augmente beaucoup plus vite que la taille de l’entreprise. Multiplier les établissements, les conventions collectives, les outils de gestion ou les prestataires crée autant d’interactions où peuvent apparaître des écarts, des anomalies ou des opportunités invisibles. » –  Franck Sauvonnet

Le contexte actuel, marqué par l’inflation et la hausse des charges, pousse de nombreuses entreprises à s’accrocher à des méthodes conçues il y a vingt ans.

7 – Qu’est-ce qui freine aujourd’hui l’adoption de la Cost Intelligence dans les directions financières françaises ?

« Le premier frein tient au temps d’écoute. Les directions financières sont aujourd’hui submergées de sollicitations. Dans cette économie de l’attention, obtenir quelques minutes d’échange constitue déjà un obstacle. Au-delà de ce constat, les freins à la décision relèvent surtout de l’organisation : crainte de perturber l’activité, contraintes budgétaires ou absence de sponsor interne.

Chez AREXA, nous avons donc développé une approche fondée sur les données déjà disponibles dans l’entreprise, avec une mobilisation minimale des opérationnels. Le retour sur investissement constitue un frein récurrent : là où de nombreux projets reposent sur des hypothèses, la Cost Intelligence mesure le potentiel de gains à partir des données de l’entreprise.

Cette approche ne concurrence pas les projets en cours. Elle peut au contraire générer des ressources financières pour les financer ou les accélérer. La crainte de perturber l’activité est levée, la démarche n’ayant pas d’impact sur l’organisation. Les contraintes budgétaires sont atténuées par un modèle fondé sur les résultats. Enfin, la Cost Intelligence apporte des éléments factuels, chiffrés et rapidement mesurables, facilitant l’adhésion des directions financières comme des directions générales. » –  Franck Sauvonnet

Vous portez chez AREXA l’ambition de faire de la Cost Intelligence un nouveau standard de la performance économique. 

8 – À quelle échéance estimez-vous que cette discipline deviendra la norme plutôt que l’exception dans les grandes entreprises ?

« Je dirais que nous y sommes déjà, à condition de voir ce qui est en train de se passer. Les données se multiplient de façon exponentielle et les technologies évoluent à une vitesse étourdissante. Dans ce contexte, il devient indispensable de disposer de nouveaux outils pour révéler la valeur financière cachée dans cette masse d’informations.

Comme toute nouvelle discipline, la Cost Intelligence suivra une courbe d’adoption progressive. D’ici cinq ans, je suis convaincu qu’elle fera naturellement partie des outils de pilotage des grandes directions financières, au même titre que le contrôle de gestion ou la Business Intelligence. Chez AREXA, nous créons des outils extraordinaires tel que Sherlock, nous créons cette nouvelle catégorie avec l’ambition de contribuer à en faire un nouveau standard. Parce que, dans un contexte où chaque euro compte, laisser des fuites de valeur invisibles dans ses données n’est plus acceptable. » –  Franck Sauvonnet

The New Siècle remercie Franck Sauvonnet pour avoir répondu favorablement à notre interview et ainsi livrer sa vision et son expérience à nos lecteurs.

Interview réalisée en collaboration avec AREXA.

Nom d'auteur Juliette Lamy
Juliette Lamy a fait ses armes dans l’audiovisuel puis à la rédaction de Gala.fr et Webedia. Au sein de The New Siècle, elle orchestre les formats exclusifs : Interview, 1 Min Chrono, Le Versus et Entretien avec l’IA. Quelle que soit la thématique, intelligence artificielle, innovations, gaming, elle traque toujours l’intention. Ce que cela change, pour qui... et surtout pourquoi.
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