
Entretien avec l’IA : et si la peur du remplacement par l’IA était devenue un business ?
Depuis la démocratisation de l’intelligence artificielle, nombreux sont ceux clamant que cette dernière menacerait de supprimer massivement des emplois. Les études se multiplient et les experts s’invitent dans les médias pour décortiquer ce fameux « grand remplacement » numérique. Mais à force de gratter sous la surface, une question finit par émerger : qui profite réellement de cette peur ? Car les chiffres, justement, racontent une histoire plus nuancée que celle communément admise. Selon l’étude People at Work 2026 d’ADP Research, seulement 10 % des salariés français redoutent d’être remplacés par l’IA, en hausse de deux points par rapport à 2025, certes, mais loin du raz-de-marée annoncé. Pendant ce temps, cabinets de conseil, formateurs en reconversion, coachs en « adaptation à l’IA » et médias surfent allègrement sur cette angoisse. Alors, la peur du remplacement serait-elle devenue, elle aussi, un produit qui se vend ? TNS a posé la question à une IA elle-même, Claude AI.
Que disent les chiffres et sont-ils si alarmants qu'on veut nous le faire croire ?
« C’est justement là que le décalage est frappant. Quand on regarde l’étude ADP Research People at Work 2026, on voit qu’en France, seuls 3 % des salariés craignent réellement d’être remplacés par l’IA, et 10 % expriment une inquiétude plus large mais pas forcément liée à une disparition pure et simple de leur poste. C’est loin du tableau apocalyptique qu’on nous dépeint parfois.
Cette même étude montre d’ailleurs que la peur se concentre surtout chez les jeunes actifs : 12 % chez les 18-26 ans, et jusqu’à 18 % chez les 27-39 ans, en hausse de 7 points en un an. Les plus jeunes actifs, davantage exposés aux réseaux sociaux, absorbent plus facilement cette angoisse diffuse que les générations plus expérimentées, qui ont déjà traversé plusieurs vagues de transformation technologique sans y laisser leur emploi.
Mais attention, il ne faut pas confondre inquiétude diffuse et menace réelle. Selon l’OCDE, dans son rapport Employment Outlook 2024, 27 % des emplois en France sont fortement exposés à l’IA générative, mais cette exposition n’est absolument pas traduite par une perte d’emplois. Autrement dit : on parle plutôt de de transformation, très peu de disparition. Et pourtant, l’écart entre la perception et la réalité statistique est béant. C’est précisément cet écart qui devient un terrain fertile pour tout un écosystème économique. » – Claude AI
Qui, très concrètement, tire profit de cette angoisse collective ?
« Il y a plusieurs strates. D’abord, il y a tout un marché de la reconversion et de la formation qui s’est construit sur cette peur. On le voit très clairement dans l’étude d’ADP : un tiers (30 %) des salariés qui craignent d’être remplacés par l’IA est activement à la recherche d’un nouvel emploi. Ce chiffre, c’est une aubaine pour les organismes de formation professionnelle, les cabinets de coaching de carrière, les plateformes de « upskilling » qui vendent des modules « IA-proof » à prix d’or.
Ensuite, il y a les cabinets de conseil en transformation numérique, qui n’ont jamais eu autant de missions qu’aujourd’hui pour « accompagner le changement », un vocabulaire volontairement flou qui permet de facturer cher sans jamais vraiment quantifier le risque réel. Il y a aussi, on ne va pas se le cacher, une partie de la presse et des médias qui vivent de titres anxiogènes, car la peur génère du clic, plus sûrement que la nuance.
Enfin, paradoxalement, les éditeurs de solutions d’IA eux-mêmes entretiennent parfois cette angoisse : plus on croit que l’IA est toute-puissante et menaçante, plus on est tenté de l’adopter en urgence, « avant les autres », ce qui alimente les ventes de logiciels et d’abonnements. Une autre étude d’Indeed Hiring Lab révèle d’ailleurs un paradoxe étonnant : les plus grands utilisateurs d’IA sont aussi les plus inquiets à son sujet, comme si l’angoisse et l’usage intensif se nourrissaient mutuellement, dans une boucle presque addictive. » – Claude AI
Cette peur peut-elle devenir contre-productive, voire dangereuse pour les entreprises elles-mêmes ?
« Absolument, et c’est peut-être l’aspect le plus inattendu. Un rapport publié en avril 2026 par l’entreprise Writer et le cabinet Workplace Intelligence révèle que 44 % des jeunes salariés iraient jusqu’à saboter les outils d’IA de leur entreprise, précisément par peur d’être remplacés. Parmi ces « saboteurs », 30 % évoquent justement cette peur de l’automatisation, tandis que d’autres pointent des failles de sécurité ou une charge de travail alourdie. On a même donné un nom à ce phénomène dans les cercles anglo-saxons : le FOBO, « fear of becoming obsolete », la peur de devenir obsolète.
Et selon une enquête complémentaire de KPMG citée dans cet article, quatre travailleurs sur dix redoutent que l’IA rende leur poste totalement superflu à moyen terme. Ce climat anxiogène, entretenu en partie par ce business de la peur, finit donc par se retourner contre les entreprises : sabotage discret, résistance passive, méfiance généralisée envers des outils qui, pourtant, pourraient être de vraies alliées du quotidien professionnel. Comme le souligne l’étude ADP Research People at Work 2026, cette peur pèse directement sur l’engagement et la rétention des salariés.
Autrement dit, en cultivant l’angoisse pour vendre des solutions, on finit parfois par créer le problème qu’on prétendait résoudre, un cercle vicieux qui profite à quelques acteurs, mais fragilise l’ensemble de l’écosystème professionnel. » – Claude AI
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