
Le personal branding fabrique-t-il des copies de dirigeants ?
Le personal branding s’impose partout, d’Instagram à Linkedin en passant par Tik Tok. Selon une étude Edelman et LinkedIn en 2025, 95 % des décideurs se disent plus attentifs quand un dirigeant prend la parole et 60 % accordent de l’importance à un style reconnaissable. Sauf que…plus les prises de parole se multiplient, plus elles finissent par se ressembler. La visibilité explose, mais la crédibilité, elle, se fait rare. C’est dans ce paradoxe que Tanguy Genet et Paul Barret ont vu une opportunité. Pas question de jouer la surenchère des posts LinkedIn formatés ou des vidéos trop lisses. Leur pari, avec Opluo Brand, l’agence de personal branding qu’ils ont fondée, est d’aider les entrepreneurs à émerger sans se fondre dans la masse. Leur credo : un personal branding Signature, qui ressemble à ceux qui le portent.
Dans cet interview exclusive, The New Siècle revient avec Tanguy Genet et Paul Barret sur l’explosion du personal branding. À travers Opluo Brand, ils livrent leur lecture d’un marché de plus en plus standardisé. Comment émerger quand tout le monde applique les mêmes codes ? Peut-on encore déléguer son image sans la déformer ? Et surtout, à l’heure où produire du contenu n’a jamais été aussi simple, comment créer de la valeur à travers ses contenus ?
I. Le personal branding s’impose mais se banalise
82 % des consommateurs feraient davantage confiance à une entreprise quand son dirigeant est visible en ligne (Etude Edelman, 2025).
1 – Est-ce qu’aujourd’hui, ne pas travailler son personal branding est devenu un handicap pour un entrepreneur ?
« Totalement, oui. Et ce n’est pas non plus une question de tendance. C’est une question de psychologie humaine fondamentale. Les gens n’achètent pas un service, ils achètent une personne en qui ils ont confiance. Et la confiance doit se construire avant l’appel, pas pendant. Si vous n’existez pas en ligne, vous n’existez pas dans la tête de votre prospect au moment où il a besoin de vous. Vous arrivez à froid dans une conversation où quelqu’un d’autre est déjà à chaud.
Ce qu’on voit concrètement avec nos clients, c’est que l’absence de personal branding crée une dépendance permanente aux recommandations. Vous vivez dans l’angoisse du prochain client. Vous dépensez votre énergie à chercher alors que vous pourriez la dépenser à choisir. La différence entre un entrepreneur qui galère et un entrepreneur qui est débordé, très souvent, ce n’est pas la compétence, mais la visibilité. L’un est connu, l’autre ne l’est pas.
Et le vrai handicap aujourd’hui, c’est pas juste de manquer des opportunités. C’est de savoir que ce sont vos concurrents plus visibles qui les récupèrent. Tout le monde doit savoir exactement ce que vous faites, pourquoi vous le faites, et pourquoi vous êtes la meilleure personne pour répondre à ce problème. » – Tanguy Genet et Paul Barret
Le marché explose, mais les contenus se ressemblent de plus en plus. Beaucoup appliquent les mêmes recettes.
2 – Comment apporte-t-on la preuve qu’on est meilleur que les autres quand tout le monde utilise les mêmes mots et vend la même promesse ?
« La vraie différence ne se joue plus sur la promesse. Elle se joue sur la confiance que vous créez. Quand tout le monde dit « je vous aide à scaler votre business » ou « je vous accompagne vers la liberté », ces mots ne veulent plus rien dire. Ce qui crée la distinction, c’est ce que les gens voient de vous avant même de vous parler, votre façon de penser, votre façon de traiter un problème, les détails que vous remarquez que les autres ne remarquent pas. C’est ça qui crée une empreinte mentale.
Ce qu’on voit avec nos clients, c’est que ceux qui sortent du lot ne cherchent pas à être meilleurs, ils cherchent à être différemment reconnaissables. Être reconnaissable, c’est sortir de cette comparaison. Vous créez un repère dans la tête de votre audience, et ce repère c’est vous, votre façon de parler, vos références, vos prises de position, vos résultats concrets. On ne pourra jamais copier qui vous êtes. La preuve sociale authentique, c’est l’actif le plus sous-estimé en personal branding B2B.
Le contenu, c’est pas juste ce que vous dites, c’est comment vous le dites, pourquoi vous le dites maintenant, et ce que ça révèle de votre façon de voir le monde. Deux personnes peuvent traiter le même sujet et produire des effets complètement différents. C’est là que le personal branding devient vraiment personnel. » – Tanguy Genet et Paul Barret
Votre activité naît dans un moment très particulier. En 2025, la France a battu un nouveau record avec 1 165 800 créations d’entreprises. En parallèle, l’IA générative accélère la production de contenus, de scripts, de hooks et de formats à grande vitesse.
3 – Dans un an, est-ce qu’on risque tous d’avoir le même contenu, simplement optimisé différemment ?
« C’est la question qu’on se pose nous-mêmes en ce moment. Et honnêtement, le risque est réel. L’IA va homogénéiser les structures, les hooks, tout ce qui est optimisable sera optimisé, et tout le monde aura accès aux mêmes outils pour le faire. Donc oui, le contenu moyen va monter. Mais c’est exactement pour ça que ce qui ne peut pas être généré va prendre une valeur disproportionnée.
L’IA est une aide excellente pour créer du contenu. Elle accélère et optimise, mais elle ne remplace pas ce qui fait la différence entre un contenu moyen et un contenu excellent : l’authenticité. Ce qu’une IA ne peut pas produire, c’est votre vécu, votre prise de position qui froisse quelqu’un, l’anecdote qui vient d’une vraie conversation client à 23h. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est une forme de fatigue du contenu parfait. Les gens sentent quand c’est généré par l’IA. Et en B2B, où la confiance est le premier critère d’achat, un contenu sans personnalité humaine réelle ne convertit pas.
Donc dans un an, oui il y aura plus de contenu, mais les créateurs qui auront construit une vraie empreinte humaine seront encore plus rares, et encore plus précieux. Ce n’est pas une menace pour le personal branding. C’est surtout une opportunité pour ceux qui commencent à le construire en 2026. » – Tanguy Genet et Paul Barret
II. Quelle réponse fournir face à la standardisation du marché ?
Vous avez lancé Opluo Brand avec une promesse très claire : créer un “format signature” pour chaque entrepreneur. Une réponse directe à des contenus jugés trop interchangeables.
4 – Le personal branding géré par une agence, est-ce que ce n’est pas déjà une contradiction ?
« C’est l’objection qu’on entend souvent, et elle est légitime. Mais elle repose sur une confusion entre ce qu’on fait et ce que fait une agence classique. Une agence classique produit du contenu à votre place : elle écrit pour vous, elle parle à votre place et au bout de six mois vous avez une marque personnelle qui ressemble à votre concurrent parce que c’est la même agence qui gère 10 autres comptes.
Ce qu’on fait chez Opluo Brand, c’est l’inverse, on ne prend pas la parole à votre place. On vous aide à révéler la vôtre. La contradiction serait réelle si on écrivait les posts à votre place et qu’on faisait semblant que c’est vous. En réalité, ce qu’on construit, c’est une méthode, une façon de créer du contenu qui reste profondément la vôtre. Notre objectif est que notre Méthode Signature, permette à chaque entrepreneur d’avoir une continuité logique s’ils souhaitent reprendre la main sur le développement de leur image.
Le personal branding géré par une agence, c’est une contradiction seulement si l’agence parle à votre place. Si elle vous apprend à parler, c’est autre chose. » – Tanguy Genet et Paul Barret
Paul, vous expliquez avoir testé plus de 15 formats et publié plus de 300 vidéos avant de trouver celui qui vous correspondait. Ce travail empirique est devenu votre méthode.
5 – Qu’est-ce qui fait qu’un format est réellement adapté pour une personne et pas simplement efficace pour l’algorithme ?
« Un format adapté, c’est un format que vous pouvez tenir dans le temps en restant vous-même. J’ai testé plus de 15 formats, publié plus de 300 vidéos et la plupart des formats que j’ai abandonnés n’étaient pas mauvais techniquement, certains performaient même bien, mais ils me coûtaient une énergie que je n’avais pas envie de dépenser, une posture qui n’était pas vraiment la mienne.
Et c’est là où je veux casser une vraie fausse croyance : l’algorithme. Tout le monde optimise pour l’algorithme : les hooks, les durées, les formats, les horaires de publication.
Certes c’est important de connaître les codes, mais la vraie question à se poser n’est pas « est-ce que mon contenu va plaire à l’algorithme », c’est plutôt « est-ce que votre contenu va parler à votre cible ». N’oublions pas que l’objectif des réseaux sociaux est de garder les personnes sur leurs plateformes. Alors, votre objectif à vous est de faire en sorte que votre contenu parle le plus possible à votre cible pour qu’elle le consomme, et qu’il soit encore plus visible. » – Paul Barret
Aujourd’hui, la plupart des agences axent leur discours sur une même promesse de valeur : rendre visible et crédible.
6 – Et la singularité dans tout ça ?
« La singularité, c’est ce qu’on met au centre chez Opluo Brand, et c’est précisément ce qui manque dans la grande majorité des accompagnements qu’on voit sur le marché. La plupart des agences appliquent un process identique à tous leurs clients, avec la même structure de contenu, le même type de hooks, le même ton « professionnel mais accessible », tout cela, pour augmenter leurs marges par une méthode facilement réplicable.
La singularité, ça ne se fabrique pas, ça s’extrait. Notre travail, c’est d’aller chercher ce qui est déjà là, donc la façon dont cet entrepreneur pense, les angles qu’il voit que les autres ne voient pas, les expériences qui ont construit sa vision et de construire un format et un positionnement qui ne peuvent appartenir qu’à lui. C’est pour ça qu’on parle de format “signature”, par définition c’est unique. » – Tanguy Genet et Paul Barret
Vous insistez sur l’idée qu’un entrepreneur doit se montrer sans se trahir. C’est une formule forte, parce qu’elle suppose qu’il existe une ligne de fracture très précise entre visibilité juste et visibilité fabriquée.
7 – Y-a-t-il une limite à ce qu’on peut déléguer de soi-même ? Si oui, où se situe cette limite ?
« La ligne est plus claire qu’on ne le croit. Ce que vous pouvez déléguer, c’est la structure, la régularité, la mise en forme, la stratégie de distribution. Ce que vous ne pouvez pas déléguer, c’est le point de vue : l’opinion tranchée, la façon dont vous interprétez un problème que vous avez vécu dans votre chair. Dès que quelqu’un d’autre commence à penser à votre place dans votre contenu, votre audience le sent, pas forcément de façon consciente, mais quelque chose sonne faux, et la confiance s’érode silencieusement.
Ce qu’on observe souvent d’ailleurs, c’est que la visibilité fabriquée fonctionne à court terme. Les chiffres peuvent même être bons, mais elle ne convertit pas, parce qu’elle ne crée pas de lien réel. Et en B2B, le lien précède toujours la vente.
La limite, concrètement, c’est la matière première. On peut vous aider à la structurer, à la rythmer, à la rendre plus percutante, mais cette matière première, ce que vous pensez, ce que vous avez vécu, ce que vous défendez, elle ne peut venir que de vous. Le jour où vous déléguez ça, vous n’avez plus de marque personnelle. » – Tanguy Genet et Paul Barret
The New Siècle remercie Tanguy Genet et Paul Barret pour la richesse de cet échange et pour le regard qu’ils ont livré à nos lecteurs.
Article réalisé en collaboration avec Opluo Brand.
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