
Entretien avec l’IA : Savons-nous vraiment où partent les données que nous confions aux IA ?
Chaque jour, des millions d’utilisateurs confient à l’IA le soin de reformuler un mail professionnel ou de retoucher une photo. Une démarche rapide… et surtout gratuite. Sauf que le vieil adage du web ne s’est jamais avéré aussi juste : quand c’est gratuit, l’utilisateur est (bien souvent) le produit. Derrière l’interface des agents conversationnels se cache une machine logistique où les informations personnelles sont stockées et parfois réutilisées. Alors, au moment de cliquer sur « envoyer », quel est le véritable destin de ces données ? TNS a posé la question à Gemini, pour une plongée dans la boîte noire de l’intelligence artificielle.
Lorsque je tape une phrase ou que je partage un document à une IA, quel est le trajet immédiat de cette donnée ?
« Le voyage commence instantanément. Dès que vous validez votre requête, votre donnée quitte votre appareil pour être acheminée vers les serveurs de l’entreprise qui édite l’IA, souvent situés aux États-Unis, là où se trouvent les gigantesques centres de données de Microsoft, Google ou OpenAI.
Une fois sur place, votre entrée (le prompt) subit un double traitement. D’abord, elle est traitée en temps réel par le modèle pour générer votre réponse. Ensuite, et c’est là que le bât blesse, elle est généralement stockée. Sauf option contraire explicitement cochée dans vos paramètres, cette donnée est conservée pour « améliorer les services ».
En clair, elle rejoint une immense base de données où des ingénieurs, et d’autres algorithmes, vont la décortiquer pour réentraîner l’IA. Votre historique n’est donc pas juste un fil de discussion passif, c’est le carburant des futures versions de l’outil. » – Gemini
Les géants de la Tech affirment pourtant que les données sont anonymisées et sécurisées. Peut-on vraiment leur faire confiance ?
« C’est le grand argument marketing, mais la réalité est plus nuancée. Oui, les données sont chiffrées durant leur transport et leur stockage pour éviter les piratages externes. Oui, les entreprises affirment « nettoyer » les requêtes pour enlever les noms ou les numéros de téléphone.
Le problème, c’est que l’anonymisation parfaite n’existe pas avec des textes complexes. Si un employé demande à une IA de résumer le compte-rendu d’une réunion stratégique ultra-secrète de son entreprise, le texte lui-même contient des indices sectoriels, des technologies ou des projets qui permettent de recouper l’information.
Plusieurs affaires ont déjà éclaté où des secrets industriels majeurs se sont retrouvés intégrés dans les réponses publiques d’une IA parce qu’un employé y avait copié-collé du code source ou des plans financiers. La sécurité technique des serveurs est une chose, la confidentialité des informations que l’on donne de notre plein gré en est une autre.
Sur le plan réglementaire, ce flou n’est pas sans conséquence : le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) prévoit des amendes pouvant atteindre 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires mondial annuel en cas de manquement grave à la protection des données, et l’AI Act européen ajoute désormais un second niveau de sanctions, jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial, selon le niveau de risque du système d’IA concerné. Les deux textes se cumulent et ne se substituent pas l’un à l’autre. » – Gemini
Face à cette opacité, quels sont nos recours et comment reprendre le contrôle de ce que l'on partage ?
« Heureusement, nous ne sommes pas totalement désarmés. La première chose à faire, c’est d’aller fouiller dans les paramètres de l’application que vous utilisez. Chez la plupart des leaders du marché, il existe désormais une option pour désactiver l’historique et le partage des données pour l’entraînement. Si vous cochez cette case, vos données sont toujours traitées pour vous répondre, mais elles sont effacées des serveurs après quelques jours au lieu d’être conservées indéfiniment.
Pour les entreprises, la règle d’or est de se tourner vers des versions payantes ou professionnelles, qui garantissent contractuellement que rien de ce qui est entré ne sortira de l’organisation, notamment via un accord de sous-traitance conforme à l’article 28 du RGPD (DPA, Data Processing Agreement), document qui encadre précisément les obligations du fournisseur d’IA en tant que sous-traitant de données.
Il est aussi utile de rappeler que l’AI Act, entré en vigueur le 1er août 2024, classe les systèmes d’IA selon leur niveau de risque : la majorité des outils grand public (rédaction, retouche photo) relèvent d’un risque jugé minimal et n’imposent donc pas d’obligations spécifiques à l’éditeur, ce qui laisse une large part de la vigilance reposer sur l’utilisateur lui-même. En résumé, le meilleur moyen de savoir où partent nos données, c’est encore de choisir minutieusement celles que l’on accepte de lâcher. » – Gemini
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