
Et si le véritable avenir du NFT d’art commençait après sa chute ?
On se souvient de 2020, l’année où la folie NFT a tout emporté sur son passage. Le point culminant reste l’œuvre “The Merge” de Pak, adjugée 91,8 millions de dollars en décembre 2021, le NFT le plus cher jamais vendu. Puis le soufflet est retombé. Quatre ans plus tard, le marché des NFT d’art s’est contracté de 93 %, tandis qu’environ 96 % des collections sont désormais considérées comme « mortes », privées d’activité comme de communauté. Une réalité qui relance une question simple et cruciale : faut-il encore investir dans les NFT, ou ne sommes-nous face qu’à l’écho d’une spéculation révolue ? The New Siècle a enquêté.
Comprendre les NFT d'art et leurs spécificités
Pour bien situer le sujet, retour sur la définition : un NFT (pour « non-fungible token »), ou NFT d’art, est une œuvre numérique (image, vidéo, GIF) dont la propriété est certifiée par un token inscrit sur une blockchain, généralement Ethereum. Avec ce certificat, l’acheteur peut prouver qu’il possède lui, et personne d’autre, l’œuvre originale, même si elle est copiée, volée ou se retrouve partout sur Internet. Toutefois, cette authenticité certifiée n’élimine pas la question de la vulnérabilité numérique. Dans un environnement où l’art circule en haute définition et se stocke sur des serveurs, une œuvre d’art peut aussi être hackée, comme n’importe quelle donnée.
Contrairement aux NFT de gaming (personnages, armes etc. utilisables dans un jeu), les NFT d’art sont des objets purement de « collection » numérique. L’attrait, à l’époque, reposait sur trois piliers : la rareté (puisque le caractère unique du NFT est garanti par la blockchain), la possibilité pour l’acheteur de faire une plus-value sur la revente et pour les artistes de toucher des royalties, et le fait de toucher un public de collectionneurs internationaux sans intermédiaire traditionnel.
L’explosion du phénomène était telle que des maisons de vente aux enchères comme Christie’s ont même accepté les NFT dans leurs catalogues. Ainsi, ce phénomène culturel a donné naissance à une génération d’artistes exclusivement numériques comme Beeple avec son œuvre Everydays.
Du sommet à la chute, l’effondrement du marché des NFT d’art
Entre 2020 et début 2022, le marché des NFT d’art a connu une montée fulgurante portée par la hausse des cryptomonnaies et l’engouement médiatique. Les ventes record se sont multipliées ; des collections entières s’arrachaient par centaines de millions de transactions. À cette époque, la question d’investir son argent dans les NFT était sur toutes les lèvres, autant des investisseurs que des collectionneurs d’art.
Mais, inévitablement, le krach est arrivé. Au pic du marché en janvier 2022, les NFT affichaient 17 milliards de dollars de volumes. Un chiffre qui s’est contracté à 4 milliards en mai puis à 466 millions en septembre, soit une chute de 97 % en moins d’un an. Des plateformes emblématiques comme SuperRare ou Foundation en ont fait les frais. Les transactions quotidiennes se sont effondrées de 92 %, passant de 225 000 en septembre 2021 à 19 000 début juin 2022.
Plusieurs facteurs expliquent cette débâcle. D’abord, la chute brutale des prix des cryptomonnaies qui a fait fuir les spéculateurs (sur l’année 2022, le Bitcoin a perdu 64 %). Le marché s’est aussi retrouvé saturé avec des milliers de collections qui apparaissaient chaque jour sans aucune valeur artistique réelle. À cela se sont ajoutées des arnaques en série. Par exemple, les « rug pulls » (littéralement « tirer le tapis ») se sont enchaînés : les créateurs lancent une collection, font monter le prix, récoltent l’argent des acheteurs… puis retirent toutes les liquidités et ferment boutique. En 2023, année la plus difficile, environ 30 % des collections NFT ont été déclarées mortes.
Que reste-t-il à surveiller ou à acheter aujourd'hui ?
Malgré le naufrage spéculatif des NFT d’art, certains projets continuent d’exister… et même de se développer ! Comme on pouvait le prédire, les NFT d’art portés par des artistes reconnus et des institutions culturelles résistent mieux que les collections qui étaient purement spéculatives, créées pour tenter de faire de l’argent. SuperRare, une Digital Art Gallery (c’est-à-dire place de marché décentralisée pour l’art numérique) a ouvert un espace physique à New York baptisé « Offline » en 2025, preuve que la demande existe encore pour les NFT de qualité. Des musées nationaux, comme celui du Bhoutan, lancent leurs propres collections NFT pour financer la préservation culturelle. Même la Monnaie de Paris expose régulièrement des œuvres NFT, comme celles de l’artiste Robert Alice.
Pour celles et ceux qui souhaitent investir dans les NFT aujourd’hui, la logique a changé. La pure spéculation et les reventes rapides n’ont plus vraiment de sens dans les NFT ; il s’agit plutôt d’acquérir des œuvres qui portent une vraie signature artistique ou un projet culturel solide. Vous pouvez vous tourner vers des plateformes comme SuperRare qui sélectionnent les artistes avant de les autoriser à créer et offrent plus de garanties que les places de marché ouvertes. Privilégiez des NFT uniques créés par des artistes établis, plutôt que les collections générées en masse.
Et du côté des maisons de luxe, une autre tendance prend de l’ampleur. Elles lancent désormais des “luxury tokens”, des NFT conçus comme des accès réservés à leurs clients les plus proches, avec des invitations, des contenus privés, des attentions personnalisées et parfois même des avantages exclusifs en boutique. Une piste à suivre pour celles et ceux qui souhaitent investir dans des projets où la valeur repose d’abord sur l’expérience et la relation, plutôt que sur la spéculation.
En dépit de l’effondrement de leur valeur spéculative, il serait réducteur d’ignorer que les NFT d’art continuent de porter une véritable expression culturelle, destinée à un public de niche. Le marché s’est assaini et seuls 4 % des projets restent actifs, mais ces 4 % reposent sur une base artistique et communautaire solide. Les projections à long terme demeurent optimistes, avec un taux de croissance annuel de 34 % attendu jusqu’en 2033, ce qui porterait le marché global à 46 milliards de dollars. Les NFT ne sont donc pas enterrés. Reste à savoir s’ils peuvent réellement amorcer une renaissance…
Les + vues
Inscrivez-vous !
INSCRIVEZ-VOUS À
NOTRE NEWSLETTER !
![]()
Renseignez votre adresse mail
pour recevoir nos nouveautés
et rester informé de nos actualités.
Top Mots Clés :
Laisser un commentaire