
La France est en croissance… financée (en partie) par la dette publique
La France est, bon an mal an, plutôt en croissance au XXIe siècle, si l’on excepte la crise financière de 2008 et celle du Covid, mais sa dette publique augmente à des niveaux que certains jugent inquiétants. Inquiétants car la dette finance en partie l’économie. Toutefois, les marges de manœuvre budgétaires via l’émission obligataire perdent de leur efficacité à mesure que le poids de la dette augmente. Décryptage d’un cercle vicieux.
Une croissance en trompe-l'œil
Mise à part l’année 2009, au lendemain de la crise des subprimes, et l’année 2020 à cause du Covid, la France a toujours connu la croissance de son PIB, limitée parfois, mais toujours au rendez-vous ces vingt-cinq dernières années. En 2025, la croissance atteint 0,9 %, après +1,1 % en 2024 et +1,6 % en 2023, loin des 4,1 % de 2000 ou des 6,9 % post-Covid en 2021.
Tout irait bien dans le meilleur des mondes, une croissance positive est la « quête perpétuelle des politiques économiques », rappelle le ministère de l’Économie, si les chiffres de la dette n’augmentaient pas aussi, et ce de manière préoccupante. La France prévoit d’emprunter 310 milliards d’euros en 2026 à moyen et long terme, un niveau inédit confirmé par l’Agence France Trésor. Ce chiffre dépasse le record établi en 2020, année Covid, pendant laquelle la France avait émis un peu plus de 400 milliards de dettes toutes maturités confondues.
Une croissance réelle sous perfusion budgétaire
Croissance présente sans être soutenue, dette qui explose : dans quelle mesure la croissance s’appuie-t-elle sur le recours à la dette publique ? D’abord, il faut noter que les dépenses publiques françaises représentent désormais 57 % du PIB, le niveau le plus élevé de la zone euro. À ce niveau de dépense, le déficit budgétaire récurrent finance les prestations sociales, et l’État peut utiliser l’endettement pour soutenir l’activité, notamment par le biais de la consommation des ménages ou de l’investissement public lorsque l’économie ralentit. La pandémie de 2020 en a constitué un exemple frappant : chômage partiel, aides aux entreprises, plans de relance, garanties de prêts, ces dispositifs ont permis d’éviter une vague de faillites et de préserver l’emploi, mais ils ont aussi contribué à creuser le déficit public.
Le problème, c’est que la dérive ne s’est pas arrêtée avec la crise. La Cour des comptes relève une dégradation « exceptionnelle et inédite », alors même que la croissance économique est restée continûment positive. En 2024, la dépense publique a progressé de 2,7 % en volume, le rythme le plus rapide des quinze dernières années. L’État dépense plus vite qu’il ne produit, même en période d’accalmie économique.
Dette record : normalité européenne ou signal d'alerte ?
La dette a joué un rôle d’amortisseur. Sans ce recours à l’emprunt, la récession de 2020 aurait été plus profonde et la reprise plus lente. Il est clair que lorsque l’État investit dans les infrastructures, encourage la consommation ou finance la protection sociale, ces dépenses alimentent l’économie dans son ensemble. Mais l’accumulation devient structurelle. À la fin du troisième trimestre 2025, la dette publique française s’établissait à 3 482 milliards d’euros, soit 117,4 % du PIB, contre 97,9 % en 2019, avant la pandémie.
Si l’on compare la France à ses voisins européens, la dette française, rapportée au PIB, est la troisième la plus élevée de la zone euro, derrière l’Italie (137,8 %) et la Grèce (152,5 %). L’Espagne se situe désormais autour de 100 %, tandis que la moyenne de la zone euro s’établit à 88 %. L’Allemagne reste le bon élève, avec une dette avoisinant les 63 % du PIB, conforme aux critères du Pacte de stabilité européen. En octobre 2025, Standard & Poor’s a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+, évoquant une incertitude « élevée » sur l’évolution des finances publiques, Fitch avait fait de même en septembre.
Le levier public comme moteur économique ?
Dès lors, l’émission d’obligations d’Etat participe à l’activité économique même si l’ampleur des dettes publiques suscite l’inquiétude en Europe avec des pays qui dépassent, et de loin, les règles d’orthodoxie budgétaire. Le principal écueil réside dans les taux d’intérêt. Pendant des années, les Etats ont pu emprunter à des conditions très accommodantes.
Mais la remontée des taux ces dernières années renchérit le coût de la dette. A mesure que les taux augmentent, une part croissante du budget de l’Etat doit être consacrée au paiement des intérêts ce qui réduit progressivement et inéluctablement, si rien ne change, la politique budgétaire. La question qui brûle les lèvres des inspecteurs des finances est : « jusqu’à quel point la dette française est-elle soutenable », car son action sur l’économie est, elle, de plus en plus limitée.
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