
Benjamin Patou, l’enfant de la nuit devenu gardien des institutions parisiennes
Benjamin Patou aurait pu se contenter de porter le nom du couturier Jean Patou, dont il est issu. Il a préféré s’en forger un autre, à la force des nuits parisiennes. Élève en souffrance, il vit chaque journée de classe comme une épreuve et trouve refuge dans la musique, avant de passer derrière les platines des soirées de Neuilly, encore adolescent. De ce goût de la mise en scène naît Moma Group, empire de la restauration festive qu’il fonde à 20 ans et cède à Butler Industries en 2025. Il préside aujourd’hui Lapérouse Holding, qui a ajouté cette année Lucas Carton à un portefeuille d’institutions parisiennes déjà riche. The New Siècle a dressé le portrait de cet autodidacte devenu maître de la nuit parisienne.
Un élève en difficulté, un pianiste en devenir
Benjamin Patou grandit à Neuilly-sur-Seine, dans un milieu bourgeois. Son père, Olivier Patou, siège près de douze ans au conseil municipal, d’abord comme conseiller puis comme adjoint de Nicolas Sarkozy. Il a huit ans quand sa mère meurt. Sa vie se brise en plusieurs éclats, et son enfance dorée perd soudain ses airs rassurants. À l’école, il cherche sa place en vain. Il s’évade au piano, où il excelle. Près de quarante ans plus tard, il revisite ses jeunes années avec tendresse et se souvient de l’ennui qui l’écrasait en classe. L’épanouissement lui reste hors d’atteinte, au point qu’il quitte le système scolaire classique à 15 ans, un épisode qu’il relate dans son livre Itinéraire d’un enfant raté.
Comme d’autres enfants avant et après lui restés en marge du système scolaire, Benjamin Patou se tourne vers le monde de la nuit. Il devient DJ, encore mineur, et évolue dans un milieu où sa créativité, son autonomie, sa réactivité et son sens de la fête valent bien mieux qu’une série de diplômes. Sans le savoir, il pose les bases de ce qui fera son succès, lui qui bâtira un empire de la nuit. L’élève agité des salles de classe a appris à composer une soirée comme on compose une pièce pour piano : rythme, temps forts, respirations, attention aux détails.
Des soirées de Neuilly au Moma Group
À 20 ans, et après quelques années d’expérience dans plusieurs soirées parisiennes, Benjamin Patou crée sa première société d’événementiel. Le Moma Group, fondé en 1997, réunit au fil des années de nombreux établissements à Paris et plusieurs adresses à l’international. Son réseau se tisse tôt grâce à certaines de ses relations. Malgré son bref passage au lycée, il y croise Antoine Arnault, qui était lui-même un habitué de ses soirées.
D’abord seul aux commandes, Benjamin Patou ouvre le capital du groupe en 2016 à Barrière, présidé par Dominique Desseigne. Il conserve 51,41 % des parts (contre 48,59 % pour son actionnaire) et retrouve son indépendance à la suite du départ de Barrière en 2022. Pour poursuivre sereinement son développement à l’international, il confie 35 % des parts à Walter Butler en 2023. Butler Industries acquiert la majorité du Moma Group auprès de son fondateur un an plus tard.
L’homme derrière quelques-uns des lieux les plus en vue de Paris
En développant Moma Group, Benjamin Patou voit plus loin que la simple organisation de soirées. Il réunit peu à peu restaurants, clubs, salles de réception et beach clubs. Au fil des années, le groupe exploite ou développe Le Bœuf sur le Toit, Manko, Noto, Mimosa ou encore le Bus Palladium, des lieux où se croisent personnalités du spectacle, du sport, de la politique et du monde des affaires.
Face à une concurrence rude, le groupe fait le choix de la spécialisation. Chaque adresse devient une destination à l’identité forte où l’expérience se pense jusque dans le moindre détail. Cette approche lui assure une place de choix dans une offre abondante et soumise aux modes éphémères. Avec le temps, Moma Group déborde l’univers de la nuit pour s’imposer dans l’événementiel haut de gamme et exporter ses concepts jusqu’en Arabie saoudite. Son chiffre d’affaires atteint 130 millions d’euros en 2023.
Sa nouvelle vie s’écrit autour d’une adresse qu’il convoitait depuis l’enfance et qu’il garde lors de la vente. Benjamin Patou rachète Lapérouse en 2018 avec le soutien d’Antoine Arnault et redonne son éclat à ce restaurant du quai des Grands-Augustins, ouvert en 1766. La maison souffle cette année ses 260 bougies et sert de pierre angulaire à un groupe qui revendique l’ambition de devenir le premier acteur indépendant de la restauration patrimoniale en France. L’homme des nuits parisiennes se fait désormais gardien de son patrimoine gastronomique.
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