
Entretien avec l’IA : un talent peut-il déléguer son influence à un jumeau numérique ?
Khaby Lame a conquis 160 millions d’abonnés sur TikTok en restant muet, avec pour seule réplique ses mains ouvertes face aux tutos les plus absurdes de la toile. En janvier 2026, cette gestuelle devenue légendaire a changé de nature : le créateur a cédé à Rich Sparkle Holdings, pour 975 millions de dollars, le droit d’en tirer un jumeau numérique capable de vendre à sa place, dans toutes les langues et à toute heure. Si un tel contrat relevait encore de la science-fiction il y a trois ans, il paraît presque banal à l’heure où quinze secondes de vidéo suffisent à HeyGen pour fabriquer un double photoréaliste, et où Gemini invite chacun à partager le sien avec ses amis. Reste une question de taille : un créateur peut-il transmettre à sa copie ce pouvoir d’inspirer et de prescrire qui fait toute sa valeur ? TNS a posé la question à Claude.
Comment fonctionne le jumeau numérique d’un talent ?
« Tout part d’une simple capture. Depuis avril, YouTube déploie dans Shorts un outil qui génère, à partir d’un selfie vidéo enregistré en direct, un avatar photoréaliste doté de la voix du créateur. Chaque double porte les marqueurs SynthID et C2PA, des signatures invisibles qui identifient un contenu synthétique, et son propriétaire garde la liberté de le supprimer à tout moment.
Une seconde famille de jumeaux va plus loin en reproduisant la pensée autant que l’apparence. En juillet, Frédéric Mazzella, fondateur de BlaBlaCar, a lancé Fred24, une IA entraînée sur ses propres retours d’expérience pour répondre aux questions des entrepreneurs. La start-up française Miria a nourri l’agent avec ses contenus et sa méthode, puis contrôlé chaque réponse pour qu’elle colle à son ton et à son image.
Dans les deux cas, la promesse porte le même nom : l’ubiquité. Le double de Khaby Lame doit générer du contenu en cent langues et animer des livestreams shopping vingt-quatre heures sur vingt-quatre, au point que Rich Sparkle en projette quatre milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le talent devient alors une franchise, déclinable à l’infini. » – Claude
Que devient l’influence quand le double échappe à son modèle ?
« L’expérience de Tibo InShape fait déjà figure de cas d’école. En octobre 2025, il est devenu la première célébrité française à ouvrir son caméo sur Sora, l’application vidéo d’OpenAI, pour laisser sa communauté jouer avec son image. En moins de 24 heures, les réseaux se sont remplis de vidéos à son effigie truffées d’insultes et de propos racistes, si bien que le créateur a dû publier une mise au point : « Je ne valide pas les propos problématiques de ces vidéos. »
Le public, lui, a la mémoire longue. Par exemple, le chanteur taïwanais Calvin Chen, star du social commerce, a perdu 7 000 abonnés en 2023 après un live de quinze heures où son clone IA mangeait des nouilles en boucle. Ses fans jugeaient insupportable qu’une star encaisse de l’argent en se dispensant d’apparaître à l’écran.
Les chiffres récents confirment cette exigence de présence. D’après un baromètre Skeepers publié en septembre auprès de plus de 32 000 consommateurs en France, en Espagne, en Italie et aux États-Unis, 66 % chercheraient systématiquement la validation d’un créateur réel avant d’acheter un produit recommandé par un contenu généré par IA. La Bourse a d’ailleurs rendu son propre verdict, puisque l’action Rich Sparkle a perdu plus de 90 % depuis son sommet de janvier. » – Claude
Comment un talent peut-il profiter de son double sans s’y dissoudre ?
« Le droit pose déjà des balises solides. Depuis la loi SREN de mai 2024, l’article 226-8 du Code pénal punit d’un an de prison et 15 000 euros d’amende la diffusion d’un deepfake fabriqué faute de consentement, une peine portée à deux ans et 45 000 euros lorsqu’il circule en ligne. Depuis le 2 août, l’AI Act, le règlement européen sur l’intelligence artificielle, oblige en outre les marques à signaler tout contenu généré par IA. Côté contrats, Digiday conseille aux créateurs de protéger leur image par des marques déposées ou des clauses dédiées.
La stratégie gagnante consiste à confier au jumeau la répétition et à garder pour soi la relation : le double traduit et décline, pendant que le talent incarne et tranche. Les marques suivent la même boussole. Pour Angelica Reyes, directrice marketing de Skeepers, ce qui est réel devient « la ressource la plus précieuse » à l’heure où tout se génère.
Un clone peut emprunter un visage et une voix. La confiance, elle, se gagne en personne. » – Claude
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