De l'enfance en Pologne communiste à une nouvelle vie à Roubaix

C’est à Nowa Ruda, en Pologne, que naît Octave Klaba, le 23 janvier 1975. Dans le pays, communiste au moment de sa naissance, sa famille rêve d’ailleurs, mais ne peut quitter le territoire suite à la confiscation des passeports par les autorités locales. En 1991, ses parents, ingénieurs de métier, parviennent enfin à quitter la Pologne pour s’installer dans le nord de la France, à Roubaix. 

Octave a 16 ans et doit tout recommencer à zéro. Il lui faut apprendre une nouvelle langue, se familiariser avec de nouveaux codes, découvrir une culture inédite. Ce déracinement n’entrave pas sa passion pour l’information. Après son bac, il poursuit ses études à l’ICAM de Lille, où il découvre Internet et passe ses nuits à coder des sites web en parallèle de ses cours.

Sa passion pour l’informatique occasionne la naissance d’OVH, en 1999. Il est encore un étudiant, mais il rêve en grand. Grâce au soutien de ses parents (il leur emprunte l’équivalent de 7 600 euros), il monte sa propre société d’hébergement web. Ce choix n’est pas anodin, il avait effectivement constaté de nombreuses limites chez l’hébergeur américain qu’il utilisait. 

Le nom OVH renvoie à la fois à « on vous héberge » et à son propre pseudonyme utilisé sur les forums de webmasters de l’époque. Bien avant d’embaucher près de 3 000 employés à travers le monde, l’entreprise est d’abord familiale. C’est un travail d’équipe où chacun tient son rôle : quand le père développe une technique de refroidissement des serveurs, la mère gère les finances et le frère la recherche et le développement.

D'OVH à OVHcloud : croissance, incendie et entrée en Bourse

La folle croissance d’OVH commence véritablement dans les années 2000 pour mieux se poursuivre la décennie suivante. En 2002, l’entreprise ouvre son premier data center à Roubaix. Surtout, elle prend le recul nécessaire pour prendre les bonnes décisions, dans l’ère du temps. Quatorze ans plus tard, OVH s’impose comme le premier hébergeur européen et finalise un partenariat avec KKR et TowerBrook pour amorcer leur virage vers le cloud. 

En parallèle, Octave Klaba prend ses distances. En 2015, il délègue une première fois la direction générale à Laurent Allard afin de se concentrer sur la technologie. Mais il n’est jamais loin et reprend la main par la suite, notamment au moment du changement de nom du groupe (pour OVHcloud) en 2019. 

Cette success story n’en reste pas moins ponctuée d’épreuves. La plus emblématique est celle de 2021. Dans la nuit du 9 au 10 mars, un incendie ravage le data center de Strasbourg et endommage une partie du site voisin. L’incendie coupe l’accès à plusieurs millions de sites web hébergés par l’entreprise. Réactive, elle communique immédiatement via ses réseaux sociaux, détaille les causes du sinistre et annonce quelques semaines plus tard la gratuité des sauvegardes automatiques pour l’ensemble des clients du groupe. 

Sept mois après cet épisode, OVHcloud entre en Bourse sur Euronext Paris, en octobre 2021, lève près de 400 millions d’euros tout en conservant, via la famille Klaba, plus de 80 % du capital du groupe.

2025-2026 : le retour aux commandes pour construire l'IA souveraine

Alors que la direction était assurée par Benjamin Revcolevschi, le conseil d’administration d’OVHcloud décide, le 20 octobre 2025, de réunifier les fonctions de président et de directeur général au profit d’Octave Klaba. Ce retour n’est pas anodin, loin de là. Le moment est charnière pour l’entreprise : le groupe prépare un plan stratégique 2026-2030, nommé « Step Ahead », dans un marché du cloud dominé par les géants américains et de plus en plus focalisé sur l’intelligence artificielle. Il ne faut pas rater la marche, il faut agir au plus vite. 

C’est pourquoi, sous l’impulsion d’Octave, OVHcloud appuie sur l’accélérateur. Après un partenariat noué avec le fabricant de puces SambaNova pour l’inférence à grande échelle, l’entreprise rachète début 2026 la start-up française Dragon LLM, spécialisée dans les modèles de langage souverains, pour constituer son propre AI Lab. 

Les ambitions sont sérieuses, la preuve avec l’annonce du salon VivaTech, en juin 2026. Sur place, OVHcloud partage sa volonté d’entraîner sa propre famille de modèles d’intelligence artificielle. Le but ? Les rendre open source dès qu’elles seront au niveau. Ce pari est possible, justifié notamment par la baisse des coûts d’entraînement pour ces modèles (200 millions d’euros contre près d’un milliard il y a quelques années). En outre, l’entreprise a conscience de la demande de souveraineté numérique de la part des entreprises et des gouvernements européens. Cette ambition positionne OVHcloud comme un concurrent potentiel de Mistral AI sur la scène européenne de l’IA.

Octave Klaba est un fondateur qui sait quand il faut déléguer et, surtout, quand il faut revenir. Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir s’il prendra à nouveau ses distances pour mieux revenir. Non, à l’heure du plan « Step Ahead » 2026-2030, une question se pose : jusqu’où son ambition d’un cloud et d’une IA véritablement européens pourra mener OVHcloud face aux géants américains du secteur ?

Nom d'auteur Pierre Lacoste
Pierre Lacoste est rédacteur depuis sept ans. Son parcours l’a conduit à explorer les grands mouvements qui traversent nos sociétés, en abordant des thématiques variées telles que l’actualité, les faits de société, les médias ou encore les cultures du divertissement. Son regard aiguisé sur les mutations technologiques et culturelles l’amène à questionner leur influence sur nos modes de vie et nos représentations collectives. Curieux, exigeant, et formé aux Arts, il insuffle à ses écrits une sensibilité singulière, où l’analyse se conjugue à une véritable dimension créative.
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