
Oprah Winfrey, l’enfant blessée devenue reine des médias
Elle est l’une des femmes les plus riches du monde. Oprah Winfrey s’est imposée comme un phénomène médiatique inégalé. Première femme noire milliardaire, celle que l’on surnomme la « reine des médias » a transformé le talk show en espace de vérité, misant sur l’authenticité et la sensibilité. De son émission phare The Oprah Winfrey Show, devenu l’un des programmes les plus puissants de la télévision américaine, à la construction d’un empire médiatique indépendant en passant par ses engagements philanthropiques, Oprah Winfrey a fait de sa parole un levier d’influence rarement égalé. The New Siècle a dressé son portrait.
Une enfance en clair-obscur
C’est dans l’un des États les plus pauvres et les plus ségrégués des États-Unis que Oprah Winfrey naît en 1954 le Mississippi. Fille d’une mère célibataire très jeune, Oprah Winfrey grandit dans la précarité, élevée en grande partie par sa grand-mère maternelle qui lui apprend très tôt à lire et à déclamer des textes bibliques à l’église. Cette initiation à la parole publique constitue l’un des premiers socles de ce qui deviendra plus tard son aisance orale charismatique.
Derrière cette enfance pieuse se cache une réalité bien plus sombre. À partir de neuf ans et jusqu’au début de son adolescence, Oprah Winfrey subit des agressions sexuelles répétées par son cousin et son oncle. À quatorze ans, elle tombe enceinte, une épreuve qu’elle décrira plus tard comme l’un des chocs les plus violents de sa vie. Après avoir grandi alternativement chez sa grand-mère et sa mère, envoyée chez son père, Vernon Winfrey, à Nashville, elle découvre un environnement radicalement différent. Ancien militaire et figure d’autorité rigoureuse, son père lui impose un cadre strict. Cette éducation la pousse à se réfugier dans les livres et à se dépasser après des années de violences et de pauvreté. « Je suis la femme que je suis grâce à l’homme que mon père était », écrit-elle dans une lettre publiée pour la fête des Pères dans Oprah Daily.
L’ascension d’une nouvelle voix du talk-show
Lorsque Oprah Winfrey entre dans le paysage audiovisuel américain, rien ne laisse encore présager qu’elle révolutionnera le talk-show. Son éloquence exceptionnelle, forgée dès l’enfance par les leçons de sa grand-mère, lui permet de se distinguer au concours Miss Black Tennessee et d’obtenir une bourse d’étude. Quelques mois plus tard, une radio locale la repère et sa détermination la pousse à animer une émission en dehors de ses heures de cours. Elle poursuit ensuite sa carrière à Baltimore, où elle coanimera le journal télévisé local. Mais dans un univers médiatique dominé par les hommes blancs, elle se sent bridée. Sa sensibilité, forgée par une enfance chaotique, sera longtemps perçue comme une faiblesse. Pourtant, Oprah en fera sa signature.
En 1977, un tournant s’opère. On lui confie la coanimation d’une émission locale de débats, People Are Talking. Le format est plus libre et Oprah y découvre un espace d’expression où elle peut être elle-même. La jeune fille fragile va enfin pouvoir s’exprimer. « Le talk-show m’a libérée », dira-t-elle plus tard. Pour créer un lien direct avec ses invités comme avec le public, elle mise sur son hypersensibilité : elle écoute, relance, partage ses émotions et leur demande de se confier… sans filtre. Une fois sa place faite dans le cœur des téléspectateurs, Oprah reprend AM Chicago, une émission matinale et fait passer l’émission du dernier au premier rang des audiences locales. Elle sera par la suite rebaptisée The Oprah Winfrey Show et diffusée à l’échelle nationale. Sa méthode est précieuse, elle rompt avec la posture dominante de l’animateur en se mettant au même niveau que les invités et le public.
De l’animatrice à la magnat des médias
Pendant 25 saisons ininterrompues, jusqu’en 2011, The Oprah Winfrey Show s’impose comme le talk-show le plus regardé de l’histoire de la télévision américaine. Mais pour Oprah, dont l’enfance difficile l’a rendue déterminée à ne dépendre de personne, animer l’émission ne suffit pas. Elle veut en contrôler la direction créative et financière. Elle fonde alors Harpo Productions et étend son rayonnement au-delà de la télévision. Quelques années plus tard, Oprah lance Oprah’s Book Club en 1996, un segment de The Oprah Winfrey Show né de son amour pour les livres et l’idée d’inviter son public à les lire et à en discuter ensemble. Chaque livre sélectionné devient un best-seller, et l’ensemble des titres conseillés dépassent 55 millions d’exemplaires vendus. Les médias appelleront ça : l’effet Oprah.
Consciente de l’attention qu’elle suscite, Oprah profite de son influence pour développer sa sphère médiatique dès la fin des années 90. Elle lance O, The Oprah Magazine, un magazine papier destiné à conseiller et inspirer les femmes, rapidement devenu un relais majeur d’émancipation féminine. À mesure qu’Internet s’installe, elle enrichit ses activités médiatiques avec la radio Oprah & Friends et Oprah.com, son site personnel où elle partage interviews et conseils. Elle fonde également Oxygen, puis OWN, des chaînes qui, comme son magazine et sa radio, restent fidèles à son contenu féminin et inspirant. Tout cet empire médiatique et ses choix d’indépendance ont fait d’Oprah Winfrey la première femme noire milliardaire. Avec une fortune estimée à plus de trois milliards de dollars en 2025, elle conserve son autonomie stratégique et peut financer pleinement ses engagements philanthropiques.
L'influence d'Oprah Winfrey ne s’arrête pas au petit écran
L’ascendant d’Oprah s’étend bien au-delà du petit écran, touchant la culture, la philanthropie, la politique et même le cinéma. Repérée par le producteur Quincy Jones, elle décroche en 1985 un rôle majeur dans La Couleur pourpre de Steven Spielberg. Inspiré de son expérience et de celle de nombreuses femmes afro-américaines, ce rôle la touche profondément. Cette interprétation si réaliste lui vaut, par ailleurs, une nomination aux Oscars lui ouvrant la voie à une carrière cinématographique.
Et quand les caméras s’éteignent, l’influence d’Oprah continue. Son engagement philanthropique dans la lutte contre les discriminations raciales devient un pilier majeur de sa vie. En 2007, elle fonde l’Oprah Winfrey Leadership Academy for Girls en Afrique du Sud. L’académie offre à de jeunes filles défavorisées un encadrement scolaire complet et un accès à l’éducation. Elle considère l’éducation comme le levier fondamental pour briser les chaînes des inégalités générationnelles. À côté, elle crée Oprah’s Angel Network, finançant des projets humanitaires à travers le monde et son empire lui permet de récolter entre autres plus de 20 millions de dollars au Smithsonian National Museum of African American History and Culture. Au-delà des dons et initiatives sociales, Oprah utilise son influence pour faire évoluer la société politiquement. La philanthrope a notamment soutenu le démocrate Barack Obama en 2008 et son soutien public est estimé avoir mobilisé près d’un million de voix supplémentaires.
Oprah Winfrey a transformé une enfance marquée par la violence en une trajectoire exceptionnelle, faisant de sa parole et de sa sensibilité de véritables instruments de puissance médiatique. Si certains critiquent son style émotionnel ou l’impact parfois politisé de “l’effet Oprah”, elle a su rester authentique et mettre sa notoriété au service d’actions concrètes dans la société. Elle investit directement dans l’éducation et le soutien culturel des minorités, laissant un héritage qui dépasse drastiquement le petit écran. Aujourd’hui, avec des projets récents comme The Oprah Podcast, elle continue d’occuper l’espace médiatique. Mais une question se pose alors : qui, à l’ère des plateformes et des voix démultipliées, peut encore concentrer une influence comparable à celle d’Oprah Winfrey ?
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