Quand les personnalités deviennent la nouvelle fabrique publicitaire du luxe

L’ère est au digital, et les maisons l’ont compris mieux que personne. Le contexte a profondément évolué, et les enjeux ne sont plus ceux d’il y a vingt ans. Faire l’impasse sur le digital aujourd’hui reviendrait à se tirer une balle dans le pied. Actrices, créateurs de contenus et célébrités, égéries officielles ou non, jouent un rôle déterminant dans la construction et la visibilité de l’image des maisons de mode. 

Leur influence est immédiate. Là où les KPI (indicateur clé de performance) d’une campagne print prenaient des mois à être analysés, sur Internet, on voit immédiatement les retombées d’un contenu. La force de frappe est instantanée. Les contenus créés par les acteurs du web deviennent des vitrines organiques qui humanisent les marques grâce à des formats légers et engageants — day in my life, look du jour, pour n’en citer que quelques-uns. Les moments viraux générés par ces mêmes créateurs sont une aubaine pour les marques. On pense notamment à Beyoncé aperçue au show Vuitton durant la Fashion Week de Paris, à Jisoo et à l’augmentation de l’Earned Media Value de Dior grâce à elle ou encore à Harry Styles et ses looks de tournée signés Gucci. 

Du côté des égéries, le mode d’emploi a changé. Aujourd’hui, les maisons misent davantage sur des campagnes ciblées avec des ambassadrices diverses. On n’engage plus la même personnalité pour plusieurs campagnes mais on mise sur l’univers distinct de chacune d’entre elles pour des campagnes précises. Dua Lipa considérée comme l’un des visages de la campagne du sac Chanel 25, incarne un univers précis, tout comme Ryan Gosling, devenu l’une des figures centrales des campagnes de sacs de voyage pour Gucci.

Certaines maisons vont encore plus loin dans l’écosystème digital en collaborant avec des influenceurs virtuels, avatars entièrement maîtrisés qui incarnent des univers visuels sans les contraintes humaines. Lil Miquela par exemple, active aux côtés de maisons comme Prada ou Calvin Klein, Noonoouri apparue dans des campagnes associées à Dior ou encore Shudu Gram, modèle numérique lié à des visuels autour de Balmain, montrent comment le luxe expérimente ces créations numériques pour piloter des narrations visuelles.

SI le digital performe... le papier rassure

Même si le digital est prépondérant aujourd’hui, les maisons de mode affectionnent tout autant le papier. Dans les magazines, Vogue, Marie Claire, Harper’s Bazaar et bien d’autres, elles comptent encore un bon nombre de pages de publicité. Et pour cause, le print reste le gage de qualité ultime. Que ce soit en pages annonceurs ou en sponsoring de couverture, ce dernier représente une preuve de sérieux et d’installation durable dans le paysage culturel, notamment pour les maisons patrimoniales. Il demeure un outil stratégique apprécié des ateliers et détient un prestige qu’il est difficile d’égaler en digital. 

Le storytelling mode est intimement lié aux magazines papier ; ces derniers sont de véritables objets collectors, de précieux gems à collectionner, qui plaisent encore et séduisent notamment la génération Y2K. Le papier reste donc, malgré tout, un objet d’image et une activation nécessaire pour les marques, il n’est pas moins puissant que le digital, mais vise d’autres objectifs, notamment d’image et de prestige.

Le nouvel équilibre budgétaire du luxe : héritage contre vitesse

Bien que le digital ait pris le lead en matière d’exposition des célébrités, de moments viraux et de tapis rouges, le print maintient une présence forte dans les médias traditionnels, notamment grâce aux annonceurs luxe qui en reconnaissent et en apprécient encore les aspects qualitatifs. Les grands groupes investissent beaucoup dans leurs départements communication et médias, ces derniers équilibrent leurs budgets selon les attentes de l’époque actuelle. Cette stratégie s’inscrit aussi dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, le CAC 40 est largement dominé par les groupes du luxe qui concentrent une part significative de la capitalisation et de la visibilité internationale de l’indice. Une position qui rappelle que ces maisons ne raisonnent pas uniquement en performance immédiate, mais aussi en image, en stabilité et en héritage, des dimensions où le papier conserve une place singulière.

Selon un rapport publié par LVMH, en 2023, le groupe a dépensé 10 221 millions d’euros en communication et promotion (publicité, campagnes, RP, événements, etc.). Des dépenses qui représentent près de 12 % du chiffre d’affaires du Groupe. Le digital prend certes beaucoup de place, mais il ne signe pas pour autant le déclin du print, ce dernier continue d’occuper une position forte dans le milieu du luxe. Les rapports de force ne sont pas inversés, mais simplement étudiés et rééquilibrés.

Le choix entre digital et print est obsolète, et il peut même être dangereux. Éclipser l’un au profit de l’autre peut mener à se priver inutilement de leviers d’activation. Le digital s’adapte aux tendances rapidement et convertit instantanément, là où le print se positionne davantage sur la durabilité et l’image de marque. Un juste équilibre entre les deux répondra aux besoins toujours plus exigeants d’aujourd’hui.

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Nom d'auteur Myriam Ait Abdelmalek
Formée en journalisme et en stratégies de communication, Myriam débute sa carrière chez Vogue France. Après plusieurs années passées au sein des éditions Condé Nast (Vogue, GQ, AD) et auprès de rédactions prestigieuses (Stylist, Marie Claire), elle assume un goût effréné pour les sujets luxe et société. Pour The New Siècle, elle décrypte aussi bien les pièces de joaillerie les plus pointues du marché que les palaces de rêve où séjourner.
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