
Du buzz au business, les clippers redéfinissent l’économie du streaming
Imaginez un streamer qui passe des heures à diffuser en direct, à interagir et animer son audience. Et en quelques clics, quelqu’un d’autre récupère son travail, le découpe puis le reposte sur TikTok ou YouTube Shorts… où la vidéo explose. Ce scénario paraît encore surprenant, pourtant il devient courant. Une nouvelle génération de créateurs s’est emparée du phénomène : les clippers de lives. Leur spécialité ? Repérer les moments forts, les retravailler et les remettre en circulation pour générer des millions de vues… et parfois des revenus bien plus importants que ceux du créateur original.
Quand un simple moment devient un clip qui fait décoller un streamer
Un clipper de live, c’est avant tout quelqu’un (ou un outil automatisé), qui repère les meilleurs moments d’une diffusion en direct (fails, victoires, réactions, prise de position…) pour les publier en format court sur les réseaux sociaux. Contrairement au streamer qui produit le contenu original en live, le clipper est plutôt un éditeur. Il doit agir rapidement et efficacement, ajoutant des titres alléchants, des sous-titres, et même parfois des effets ou de la musique pour booster l’engagement. Ces courts extraits (15 à 60 secondes) pensés pour rendre disruptif sur les réseaux sociaux ont tout pour devenir viraux sur TikTok, les Réels d’Instagram ou encore les Shorts de YouTube, les formats phares de ces plateformes qui dominent la France.
Des plateformes comme StreamLadder ou Clip.farm ont rendu ce travail encore plus facile. Elles proposent des outils d’édition automatisés, des templates prêts à l’emploi et même des systèmes d’intelligence artificielle qui font presque tout à votre place. Sur StreamLadder, on trouve par exemple ClipGPT : l’outil analyse un stream entier, repère les moments forts et génère jusqu’à dix clips optimisés… en quelques secondes, sans que l’utilisateur n’ait à toucher à quoi que ce soit.
Avec tous ces outils, les clippers ont ainsi tout un monde qui s’offre à eux. Et si ce type de business model explose à ce point, c’est surtout parce qu’on consomme aujourd’hui en majorité des vidéos sur smartphone. Plus de 70 % des vues vidéo viennent des mobiles et les formats courts dominent avec TikTok, qui a dépassé les 1,5 milliard d’utilisateurs actifs en 2025. Et bien sûr, les streamers doivent exister en dehors de leur plateforme principale… sinon leur audience plafonne. Ainsi, un clip bien choisi et publié au bon moment peut littéralement multiplier leur visibilité par dix. C’est presque de la publicité gratuite. Twitch l’a compris et propose désormais un outil qui transforme automatiquement les clips horizontaux en vidéos verticales, prêtes à rejoindre son flux de découverte.
Derrière chaque vidéo virale, un petit monde qui travaille dans l’ombre
Le modèle économique repose sur plusieurs mécanismes de monétisation. Sur YouTube Shorts, un créateur peut rejoindre le Programme Partenaire dès qu’il atteint 1 000 abonnés et qu’il cumule soit 4 000 heures de visionnage, soit 10 millions de vues sur ses Shorts en 90 jours. YouTube partage ensuite 45 % des revenus publicitaires générés entre les Shorts avec les créateurs, proportionnellement aux vues obtenues. Sur TikTok, les créateurs éligibles au Programme de Récompenses pour les Créateurs gagnent entre 0,50 € et 1 € pour 1000 vues, selon le type de vidéo.
Mais l’écosystème autour des clips ne se limite pas à TikTok ou YouTube, loin de là. Aujourd’hui, les plus grandes célébrités du net ont tout intérêt à exploiter elles-mêmes leurs vidéos pour atteindre de nouvelles personnes… ou à payer quelqu’un pour le faire à leur place. On a pour exemple l’entreprise Clipping Agency qui emploie 23 300 éditeurs sous contrat. Ceux-ci créent du contenu court pour les plus grands vidéastes comme MrBeast, IShowSpeed ou Plaqueboymax.
L’écosystème repose sur une logique assez simple. Les streamers fournissent le contenu brut, les clippers extraient et optimisent les moments qui pourraient devenir viraux et la plateforme distribue le contenu sur TikTok et YouTube Shorts. Et chacun récolte sa part : ces clippers de lives sont payés entre 300 et 1 500 dollars par million de vues générées. Les clients de Clipping, eux, paient un abonnement mensuel selon leurs besoins.
Les risques et controverses du clip farming
On ne peut cependant pas ignorer que toute cette nouvelle industrie soulève des questions juridiques et éthiques d’une grande importance. D’abord, sur le plan du droit d’auteur, la situation reste floue. Les streamers détiennent théoriquement les droits sur leur contenu en direct, mais les clippers utilisent ces séquences courtes généralement sans autorisation et gagnent de l’argent avec. Certains streamers voient ça comme du vol. Pour cette raison, YouTube a mis en place le système Content ID qui permet aux créateurs originaux de revendiquer les clips et d’en récupérer la monétisation, mais cela ne se fait pas sans créer des tensions.
On ne peut pas non plus ignorer une certaine saturation du contenu. Les mêmes extraits d’un live se retrouvent à tourner en boucle sur TikTok par des dizaines de comptes différents, de quoi noyer les créateurs émergents. Et puis, cette mode du clip encourage les créateurs à en faire toujours plus, à exagérer leurs réactions pour créer toujours plus de buzz, d’engagement, voir “choquer” leur communauté. La tentation est forte de basculer dans des comportements extrêmes, simplement pour fabriquer un moment qui fera un bon clip ensuite. On se retrouve alors avec du contenu qui ne raconte rien, pensé uniquement pour flatter les algorithmes.
Enfin, un clip mal coupé, sorti de son contexte, peut desservir le streamer originel qui peut rapidement se retrouver au milieu d’une controverse voire harcelé pour des propos mal interprétés ou pour une polémique créée de toutes pièces, comme cela a pu se passer pour la streameuse Ultia. Dans un monde où tout s’accélère, les clips sont devenus un levier puissant pour faire grandir le streaming. Mais les dérives se multiplient. Reste à savoir si ces pratiques pourront, un jour, être réellement encadrées…
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