
Matthieu Boeche, entrepreneur stratège au service de la « France du faire »
En 2016, Matthieu Boeche cofonde l’IMAAT pour moderniser la formation audiovisuelle. Le modèle séduit : fin 2021, l’école rejoint AD Education fusionne avec le réseau international SAE Institute. Début 2023, il devient conseiller stratégique indépendant pour des fonds PE et VC, spécialisé dans la création de valeur et l’identification de talents entrepreneuriaux. Persuadé que la France décourage ceux qui entreprennent, il lance en juin 2025 le mouvement et think tank 300 pour la France, puis en septembre 1000X, média pro-business dédié aux innovateurs. En octobre, il co-fonde Atalas AI afin de concevoir un OS stratégique propulsé par l’IA. De l’éducation aux médias, jusqu’à la stratégie augmentée, Matthieu Boeche trace la voie d’un entrepreneur qui veut redonner à la France l’envie de réussir.
Dans cet entretien inédit, The New Siècle revient avec Matthieu Boeche sur les enseignements de son parcours, sur la manière dont il fédère aujourd’hui les entrepreneurs autour de 300 pour la France et d’idées neuves pour le pays, sur son pari d’allier intelligence artificielle et conseil stratégique, sans oublier sa vision franche du climat des affaires en France et des leviers pour y raviver optimisme et ambition.
I. De l’expérience terrain à l’entrepreneuriat éducatif
En 2021, un an après l’entrée d’Ardian à son capital, AD Education (fort de 120 M€ de revenus et valorisé 600 M€) rachète l’IMAAT, l’école que vous aviez fondée en 2016, alors qu’elle comptait déjà 5 campus et plus de 300 étudiants partout en France.
1 – Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur la façon de « scaler » un projet en partant de zéro ?
« Scaler un projet en partant de zéro, c’est une recette simple en apparence mais extrêmement exigeante : bien gérer ses ressources humaines et financières, déléguer au bon moment, poser des process solides et standardiser chaque étape, de l’acquisition client à la délivrabilité du service.
Être entrepreneur, c’est apprendre à être laser focus sur l’utilisation de son énergie et de son temps ; deux ressources qui ne sont jamais infinies. J’ai appris tout cela sur le terrain, en partant de rien, et aujourd’hui je sais que je suis capable de le reproduire et de le transmettre. Parce qu’en réalité, scaler depuis zéro reste l’une des choses les plus difficiles, et les plus rares, dans l’entrepreneuriat. » – Matthieu Boeche
Depuis 2023, vous conseillez des fonds d’investissement dans la sélection de jeunes pousses prometteuses. Or la période est plus dure qu’hier : selon la Banque de France, 5,6 % des start-up matures ont fermé entre début 2023 et mi-2024, avec 128 faillites de start-up tech en à peine un an et demi.
2 – Dans ce contexte chahuté, quels critères ou signaux clés recherchez-vous chez un entrepreneur pour discerner ceux qui pourront créer de la valeur durablement ?
« C’est un mélange de qualités humaine (soft skills) et d’une base solide, à la fois académique et issue de l’expérience. Ce qui distingue vraiment les entrepreneurs les plus successful, c’est leur capacité à se remettre en question, à apprendre en continu, à rester humbles tout en étant animés par une passion réelle.
Et surtout, leur endurance face aux difficultés : dans la réalité, développer une entreprise est toujours plus long, plus dur et plus chaotique qu’on ne l’imagine. La vérité, c’est que la plupart des projets n’échouent pas faute de clients mais parce que l’équipe fondatrice finit par abandonner. » – Matthieu Boeche
II. Fédérer la « France du faire » face aux blocages
Le 6 novembre 2025, vous co-signez dans L’Express une tribune intitulée « Trop, c’est trop ! », ralliant plus de 1 000 dirigeants. Vous y alertez que « la France […] ne pourra pas préserver son modèle social si [elle] continue à fragiliser les forces vives qui le financent ».
3 – Concrètement, quel électrochoc espérez-vous provoquer avec ce cri d’alarme collectif ?
« Nous voulons remettre les entrepreneurs au centre du débat. La France stagne parce que son économie ralentit et une grande partie de notre déclassement vient de là. Pourtant, les entrepreneurs sont ceux qui résolvent les problèmes et créent l’avenir, mais le pays les freine depuis trop longtemps.
Les Français les soutiennent et notre objectif n’est pas d’être contre qui que ce soit, mais d’avancer positivement. Nous voulons proposer, construire et ouvrir le dialogue pour bâtir une France où la liberté d’entreprendre est réelle, où le travail est reconnu et où l’État joue pleinement son rôle sans étouffer la société civile. » – Matthieu Boeche
Vous affirmez que 300 pour la France n’est pas un énième club de patrons mais qu’il s’adresse aux 22 millions de Français du privé (artisans, agriculteurs, ouvriers, ingénieurs, salariés), « une communauté de bâtisseurs » plutôt qu’un cercle d’intérêts.
4 – Qu’est-ce qui fera que ce mouvement restera ancré dans le terrain et ne sera pas perçu comme un lobby de plus ?
« 300 s’appuie sur la détermination de ses membres, tous engagés sur le long terme et sur nos ressources financières qui nous garantissent une indépendance totale. Certains nous verront peut-être comme un lobby de plus, mais notre intention est différente : montrer, avec des idées pragmatiques et des actions concrètes, que les entrepreneurs peuvent contribuer au bien commun. Pas en faisant “de la politique”, mais en faisant “du politique”, c’est-à-dire en agissant pour améliorer le pays. » – Matthieu Boeche
Pour fonder 300 pour la France, vous avez mené votre propre tour de France fin 2024, avec plus de 200 rencontres de terrain, des ateliers industriels aux start-up en passant par des exploitations agricoles.
5 – Quelle rencontre et/ou anecdote vous a le plus marqué au cours de ce périple ?
« C’est difficile d’isoler un moment ou une rencontre tant ces échanges ont été riches humainement et ont fait naître de vraies amitiés. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la force d’une idée : celle de 300, celle de reconstruire une France forte économiquement grâce à l’entrepreneuriat.
Cette idée fédère des profils très différents : étudiants, grands patrons, ministres, startuppers… Elle révèle quelque chose d’essentiel : la France aime ses entreprises. La France est ambitieuse, travailleuse, créative et souvent très loin des clichés qu’on lui attribue. » – Matthieu Boeche
III. Innover entre technologie et récit médiatique
Des experts estiment que nous entrons dans l’ère des interfaces “AI-native”, où les outils fonctionneront de plus en plus via des agents d’IA en langage naturel plutôt qu’au clic. C’est précisément l’ambition d’Atalas AI avec un « OS stratégique » pour les organisations, dopé à l’IA.
6 – À quoi ressemblera cet OS stratégique dans la pratique ?
« Ce qui est intéressant, c’est que l’OS stratégique n’est plus une idée théorique : Atalas existe déjà et il crée déjà de la valeur chez nos premiers clients. Concrètement, un OS stratégique, c’est un système qui remplace la logique classique “d’outils” et “de clics” par un fonctionnement AI-native, centré sur des agents capables de comprendre un contexte complexe, d’analyser des signaux internes et externes, de simuler des scénarios et d’orchestrer l’exécution en continu.
Dans la pratique, cela ressemble à une couche d’intelligence qui fonctionne au-dessus de l’organisation :
- le dirigeant ou l’équipe formule une question en langage naturel ;
- l’OS agrège automatiquement l’information utile, la synthétise, détecte les risques et opportunités, propose des options stratégiques ou opérationnelles ;
- puis adapte l’exécution au fil des changements, sans que l’organisation ait à réinventer son processus chaque semaine.
C’est donc un système actif, qui aide à “voir plus tôt, décider plus vite, et exécuter avec plus de précision”.
Le plus important est que ce n’est pas de la science-fiction : chez nos premiers clients, Atalas sert déjà à anticiper des mouvements de marché, aligner des équipes, accélérer la prise de décision et réduire les angles morts.
En résumé, l’OS stratégique, ce n’est pas l’avenir lointain : c’est le nouveau standard qui commence à s’installer dans les organisations qui doivent opérer dans la complexité. Et Atalas en est aujourd’hui la première incarnation concrète. C’est unique au monde et je suis fier de porter cette innovation avec mon équipe. » – Matthieu Boeche
IV. Penser l’avenir du pays
Le 20 novembre, vous signez dans La Tribune une analyse sévère du budget 2026, alertant sur le risque d’un “décrochage national” si la France persiste à taxer davantage tout en produisant moins.
7 – Concrètement, quels leviers prioritaires devraient être actionnés dès maintenant pour remettre la France sur une trajectoire de croissance et d’ambition entrepreneuriale ?
« Très rapidement, je proposerai trois choses. D’abord, une simplification administrative radicale : plus de 23 000 nouvelles normes ont été créées en vingt ans, c’est un étouffoir pour la créativité. Il faut redonner de l’air.
Ensuite, l’État doit engager de vraies économies structurelles avant de demander des efforts supplémentaires aux Français et aux entreprises. Nous sommes le pays de l’OCDE avec la pression fiscale la plus élevée : ce n’est plus tenable, ni pour nos entreprises ni pour attirer l’investissement.
Enfin, il faut libérer le travail. Un “super contrat” pourrait permettre de travailler plus, gagner plus et offrir davantage de liberté dans la relation employeur-salarié. Et bien sûr, impossible d’oublier la formation : si les Français ne sont pas massivement formés aux nouvelles technologies, IA, robotique, automatisation, nous ne gagnerons pas la bataille économique du futur. » – Matthieu Boeche
Votre slogan pour 300 pour la France clame que « la France a tout pour réussir », et vous affichez l’ambition démesurée de faire de la France « le meilleur pays au monde pour entreprendre ».
8 – Projetez-vous en 2030 : si tout se passe comme vous l’espérez, à quoi ressemblerait la France idéale pour un entrepreneur dans cinq ans ?
« Un pays où tous les entrepreneurs du monde rêvent de créer et où tous les investisseurs veulent s’implanter. Un pays où l’administration offre un cadre simple et lisible, où l’État agit comme un facilitateur et où la fiscalité attire les innovateurs. Un pays où les universités et les écoles forment une force vive capable de connecter les nouvelles technologies à la biologie, à l’économie ou encore aux sciences humaines pour créer une force de travail véritablement augmentée.
La France de 2030 brille en s’appuyant sur ses secteurs stratégiques ; aéronautique, spatial, luxe, cosmétique, santé, gastronomie, tourisme ; tout en redonnant du pouvoir d’achat aux Français. Les entrepreneurs y trouvent un marché intérieur solide, idéal pour lancer un projet avant de le projeter dans le monde.
Et surtout, un pays qui considère la révolution de l’IA et la transition écologique comme des opportunités historiques de création de valeur pour le bien commun, plutôt que comme des menaces dont il faudrait se protéger. C’est encore loin, mais c’est totalement faisable : la France a tous les atouts pour réussir. » – Matthieu Boeche
The New Siècle remercie Matthieu Boeche d’avoir répondu à notre interview et ainsi partager sa vision et son expérience à nos lecteurs.
Les + vues
Laisser un commentaire