
Jonathan Anguelov, de la tech à la pierre : après Aircall, le pari Offstone
Fils d’immigrés bulgares, élevé en foyer, Jonathan Anguelov enchaîne les petits boulots dès l’adolescence avant de co-fonder en 2014 l’une des plus belles réussites de la French Tech, Aircall. Aircall simplifie la téléphonie d’entreprise grâce à une solution 100 % cloud, connectée aux outils métier. Très vite après sa création, l’entreprise rejoint 500 Startups à San Francisco, lève 2,75 M$, avant de voir son chiffre d’affaires exploser. En 2021, la start-up devient la 16ᵉ licorne française et un an plus tard, elle dépasse les 100 M$ de revenus annuels récurrents, entrant dans le cercle restreint des « centaures ». Jonathan Anguelov tourne la page de l’opérationnel en 2024 pour se consacrer à sa foncière Aguesseau Capital et à ses investissements. En janvier 2026, il a lancé Offstone, une plateforme de “club deals” immobiliers destinée à ouvrir aux particuliers l’accès à des opérations habituellement réservées aux professionnels. Et puisqu’il aime autant investir que transmettre, il prolonge cette démarche à l’écran en rejoignant le jury de Qui veut être mon associé ? sur M6.
Dans cet entretien exclusif, The New Siècle revient avec Jonathan Anguelov sur son parcours de vie singulier, de ses premiers pas d’investisseur autodidacte à la construction d’Aircall, devenue symbole de la French Tech. Il y confie les choix qui ont façonné son ascension, sa vision d’une entreprise solide plus que spectaculaire, et la manière dont il partage aujourd’hui cette expérience, notamment à travers l’émission Qui veut être mon associé ? sur M6.
I. Rien à perdre… tout à bâtir
Votre parcours personnel est peu commun : placé en famille d’accueil à l’adolescence, vous commencez à investir dans l’immobilier dès 19 ans, au point de posséder dix appartements à 22 ans.
1 – Qu’est-ce qui pousse un jeune de 19 ans à se lancer ainsi, seul, dans l’immobilier et bâtir un tel patrimoine ?
« Dans mon cas, c’est simple : j’avais perdu ma maison quelques années plus tôt.
J’ai grandi entre familles d’accueil et foyers. Très tôt, j’ai compris ce que ça voulait dire de ne pas avoir d’endroit à soi, de ne pas savoir où l’on allait dormir quelques mois plus tard. À 19 ans, quand j’ai découvert l’immobilier, je n’y ai pas vu qu’un investissement, j’y ai vu une solution.
Posséder de l’immobilier, pour moi, c’était une manière de ne plus jamais dépendre de quelqu’un pour avoir un toit. C’était la promesse de toujours avoir un endroit où vivre, quoi qu’il arrive. Je n’ai pas commencé pour devenir riche. J’ai commencé pour être sûr de ne pas finir à la rue et de pouvoir m’offrir une maison. Et, brique après brique, c’est comme ça que tout a commencé. » – Jonathan Anguelov
2 – Comment fait-on exister une idée dans un monde qui ne nous attend pas ?
« On commence par accepter une vérité simple : le monde ne fait de place à personne. Il est déjà saturé d’idées, de projets, d’ambitions. Rien ne s’arrête pour laisser passer la vôtre. Une idée naît donc rarement dans les applaudissements, mais plutôt dans le silence, l’indifférence, voire le doute.
Au début, ce n’est qu’une intuition fragile, quelque chose que vous seul voyez, que vous seul comprenez. Elle n’a ni forme, ni preuve, ni légitimité. Personne ne l’attend, personne ne la réclame. Pourtant, c’est à ce moment précis que tout se joue : allez-vous la laisser mourir dans votre tête, ou décider de la défendre contre le réel ?
Faire exister une idée, c’est l’extraire de votre esprit et l’exposer au monde, même imparfaite, même vulnérable. C’est accepter qu’elle soit jugée, critiquée, parfois rejetée. C’est la travailler, la corriger, la reconstruire sans cesse. C’est transformer une conviction intime en quelque chose de tangible, d’utile, de visible.
Avec le temps, si elle résiste, elle cesse d’être une simple idée. Elle devient un projet, puis un produit, puis une entreprise, et parfois un morceau de réalité que personne n’imaginait avant vous. » – Jonathan Anguelov
II. Aircall, un pari devenu symbole de la French Tech
Dès ses débuts, Aircall a visé un marché global. En 2021, vous revendiquiez déjà plus de 10 000 clients dans le monde, avec seulement 15 % en France et une présence forte aux États-Unis (35 % de vos revenus).
3 – Par quels moyens êtes-vous parvenu à imposer Aircall aussi vite sur des marchés internationaux dominés par des acteurs historiques de la téléphonie ?
« On n’impose pas une vision par la force, mais par la vitesse et la clarté. Dans la tech, les marchés ne sont pas verrouillés par la technologie, mais par l’inertie des équipes ou le manque d’ambition. Les acteurs historiques vivent sur leur base de clients et leurs marges. La vitesse devient alors un avantage décisif.
Aircall a été conçu comme un produit international dès le premier jour : approche multilingue, pricing adapté à plusieurs marchés, équipes capables de vendre partout. On ne conquiert pas un marché étranger quand on se sent prêt, mais quand on est encore imparfait et suffisamment bon pour apprendre.
La croissance internationale repose sur l’exécution commerciale : des équipes qui vendent, appellent, démontrent et closent, tous les jours, dans plusieurs fuseaux horaires. Une startup peut tester un pays en quelques semaines, ajuster son message, ses prix et son organisation, là où les acteurs historiques sont plus lents.
Il faut une vision simple, répétée sans relâche : un problème clair, une solution évidente, une promesse compréhensible partout. Quand elle est exécutée vite, elle traverse les frontières avant même que les acteurs historiques aient compris ce qui se passe. » – Jonathan Anguelov
4 – À quoi tient le destin d’une entreprise comme Aircall ?
« Le destin d’une entreprise comme Aircall ne tient ni à un coup de chance ni à une idée géniale sortie de nulle part. Il tient avant tout à une exécution très rigoureuse, portée par des équipes qui croient profondément au projet.
Dès le départ, tout a été construit avec une approche très KPI-driven. Chaque décision, chaque recrutement, chaque évolution produit devait répondre à un objectif clair et mesurable. Cette discipline dans l’exécution nous a permis d’aller vite, de corriger nos erreurs et de garder le cap dans les moments plus difficiles.
Mais l’exécution ne suffit pas sans vision. Aircall a bénéficié d’un positionnement en avance sur son temps : une lecture précoce du passage de la téléphonie d’entreprise vers le cloud, l’intégration de l’IA dans la voix et les conversations, et l’ajout de fonctionnalités de productivité dans le SaaS avant même que le marché n’en ait pleinement conscience. Nous n’avons pas suivi une tendance, nous avons anticipé ce qui deviendrait évident dans cinq ans pour le construire dès maintenant. » – Jonathan Anguelov
III. Offstone, un club deal immobilier nouvelle génération
Après dix ans passés à bâtir Aircall, vous avez choisi de sortir de l’opérationnel pour vous consacrer pleinement à l’investissement immobilier.
5 – Quel a été le déclic qui vous a poussé à créer Offstone et de faire de l’immobilier votre nouveau terrain de jeu ?
« Le déclic a été assez simple : c’est l’investissement dans lequel j’ai le plus confiance.
L’immobilier, ce sont des actifs réels, tangibles, qui répondent à des besoins primaires : se loger, travailler, voyager, dormir. Contrairement à beaucoup d’autres classes d’actifs, il ne repose pas uniquement sur la perception ou le sentiment du marché. Un immeuble, un appartement ou un hôtel continuent de produire des revenus, même quand les cycles économiques se retournent.
Sur le plan macroéconomique, l’immobilier bénéficie de tendances structurelles : croissance démographique, urbanisation, inflation monétaire et rareté du foncier dans les zones attractives. Ces facteurs soutiennent les prix et les loyers sur le long terme. L’hôtellerie, par exemple, profite de l’augmentation des déplacements professionnels et touristiques, avec des actifs capables d’ajuster leurs tarifs presque en temps réel. » – Jonathan Anguelov
Avec Offstone, vous franchissez une nouvelle étape en ouvrant aux particuliers l’accès à des opérations immobilières habituellement réservées aux professionnels. Une manière de mettre en commun votre expérience mais aussi votre grille de lecture du risque et de la valeur.
6 – Quelle ambition Offstone cherche-t-elle réellement à porter dans le paysage de l’investissement immobilier ?
« Aujourd’hui, la majorité des investisseurs particuliers n’ont accès qu’à un modèle assez basique : acheter un appartement, le louer et attendre. C’est une approche patrimoniale, mais elle reste limitée, souvent lente, et surtout déconnectée des véritables leviers de création de valeur dans l’immobilier.
L’objectif n’est pas de vendre du rêve ou des rendements irréalistes, mais de construire une plateforme d’investissement sérieuse et transparente, orientée long terme, qui permette aux particuliers d’investir comme le font les professionnels.
L’idée est aussi de créer une communauté d’investisseurs qui partagent la même vision du long terme, du concret et de la discipline financière, avec des moments de rencontre, d’échange et de pédagogie autour des opérations. L’ambition est de bâtir un écosystème solide, à la fois d’investissement et de réseau, où l’on peut accéder à des opérations de qualité tout en progressant ensemble. » – Jonathan Anguelov
Vous revendiquez un modèle fondé sur l’accès direct aux opérations, la transparence des deals et une forte dimension pédagogique.
7 – Pourquoi ce modèle n’existait pas jusque-là en France ?
« Il faut une notoriété et une crédibilité fortes pour attirer des investisseurs particuliers sur des opérations immobilières. Le retail n’investit pas sur un simple dossier ou une promesse de rendement, mais dans une équipe, une vision. Sans confiance, ce modèle ne fonctionne pas.
La logique des professionnels de l’immobilier est aussi très différente : ils préfèrent lever un gros montant auprès de quelques institutionnels plutôt que de structurer opération par opération avec une multitude d’investisseurs particuliers. Le modèle du club deal demande plus de pédagogie, plus de structuration et plus de suivi.
Enfin, il y a un enjeu d’exécution. Il ne suffit pas d’avoir de bons deals : il faut une plateforme technologique simple et pédagogique, et une expertise immobilière pour sourcer et opérer les actifs.
Réunir ces deux mondes (tech orientée retail et immobilier professionnel) est rare, car ce sont deux rythmes différents. Offstone se positionne précisément à cette intersection : la crédibilité d’une équipe issue du terrain, et l’ambition de construire une plateforme accessible aux investisseurs particuliers. » – Jonathan Anguelov
IV. Nouvelle recrue de Qui veut être mon associé ?
Récemment, vous avez rejoint le jury de l’émission « Qui veut être mon associé ? » sur M6.
8 – Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas et à incarner médiatiquement ce rôle d’investisseur ?
« J’y ai vu une opportunité de mettre en lumière l’entrepreneuriat réel, celui du terrain, avec ses réussites mais aussi ses difficultés. J’ai grandi loin des cercles d’affaires, et si certaines émissions ou rencontres n’avaient pas éveillé ma curiosité à l’époque, je ne serais probablement pas là aujourd’hui. Si ma présence peut donner envie à quelqu’un de tenter sa chance ou de croire en son projet, alors ça a du sens.
C’était aussi une manière de redonner. J’ai eu la chance de rencontrer des investisseurs, des mentors et des associés qui m’ont fait confiance à des moments clés. C’est donc une façon de transmettre à mon tour, d’apporter un regard d’entrepreneur, pas seulement d’investisseur.
Je crois beaucoup à la pédagogie autour de l’investissement et de la création d’entreprise. Le grand public a souvent une vision caricaturale du business, soit trop idéalisée, soit trop négative. Cette émission permet de montrer la réalité des projets, des chiffres, des doutes, des négociations. Si j’ai accepté, ce n’est pas pour “faire de la télé”, mais pour incarner un parcours, partager une certaine vision de l’entrepreneuriat, et soutenir des projets qui méritent d’exister. » – Jonathan Anguelov
9 – Quel type de projet aimeriez-vous voir passer sur le plateau, celui dans lequel vous investirez les yeux fermés ?
« Le projet dans lequel j’investirais les yeux fermés n’est pas forcément celui avec la meilleure idée, mais celui porté par les meilleures personnes.
Je cherche avant tout des entrepreneurs lucides et travailleurs, capables d’exécuter vite et d’apprendre encore plus vite. Des gens qui connaissent leurs chiffres, comprennent leur marché et ont déjà prouvé qu’ils savaient vendre quelque chose, même petit, même imparfait.
J’aime les projets simples à comprendre, avec un problème clair, une solution concrète, un modèle économique sain et une traction réelle. Le secteur importe moins que l’énergie et la capacité d’exécution de l’équipe. Une bonne équipe peut pivoter et s’adapter, une mauvaise peut ruiner la meilleure idée.
Au fond, j’investis dans des fondateurs capables de transformer une vision en réalité, même quand tout devient compliqué. Parce qu’au final, ce ne sont pas les idées qui réussissent, ce sont les gens. » – Jonathan Anguelov
The New Siècle remercie Jonathan Anguelov d’avoir répondu à notre interview et ainsi partager sa vision et son expérience à nos lecteurs.
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