
JO d’hiver 2026 : l’Italie joue gros financièrement
Milan et Cortina d’Ampezzo sont le centre du monde depuis le 6 février 2026. Jusqu’au 22, la ville de la mode s’improvise ville du sport et, avec la station de ski, elle accueille les Jeux Olympiques d’hiver. L’Italie peut enfin mettre en place le plan ambitieux qu’elle a dévoilé en 2019, avec la promesse initiale du budget le plus bas de l’histoire moderne. Pourtant, la réalité comptable raconte une tout autre histoire. En l’espace de six ans, la facture globale a été multipliée par trois. Le pari économique est donc majeur pour l’Italie, qui a fait face à des imprévus géopolitiques et à des défis structurels. Alors, l’investissement colossal consenti par Rome et les régions du Nord sera-t-il justifié par des bénéfices à long terme ou viendra-t-il alourdir la dette publique du pays ? Décryptage.
Une facture olympique qui prend de l’altitude
La force du dossier de candidature italien reposait, en partie, sur un chiffre très séduisant : 1,5 milliard d’euros. En apparence, le montant est astronomique. Mais, en réalité, il est dérisoire en comparaison aux Jeux de Sotchi ou de Pékin. Milan-Cortina basait toute sa stratégie pour séduire le Comité International Olympique (CIO), en quête de respectabilité budgétaire. Cependant, entre les prévisions et la réalité, le gouffre est désormais immense. De 2019 à 2025, le glissement des coûts a été constant. En cause, la conjoncture inflationniste d’un côté, et la sous-estimation des besoins logistiques de l’autre. Aujourd’hui, à l’ouverture des Jeux, les estimations les plus réalistes dépassent les 5 milliards d’euros. Une facture bien salée qui peut encore augmenter. En effet, aucun plafond définitif n’a été stabilisé.
Ce budget se distingue en deux entités financières bien distinctes. La première est le budget du comité d’organisation. En théorie, il est couvert par des fonds privés, des sponsors (notamment des marques de luxe), ainsi que par la contribution du CIO (environ 1,7 milliard d’euros). Ces différents versements ont permis d’absorber la hausse des coûts opérationnels. Mais le bât blesse du côté de l’autre entité, celle des dépenses d’infrastructures publiques. Elles ont explosé (environ 3,7 milliards d’euros, d’après les estimations). L’État italien et les collectivités locales portent ces dépenses et ne se soumettent pas aux mêmes règles de transparence immédiate. Résultat : la réévaluation des enveloppes a été constante. Certes, le chiffre actuel est loin des 50 milliards des Jeux de Sotchi. Cependant, le ratio entre le budget annoncé et le coût final est l’un des plus élevés de la décennie.
Les sommets coûteux des Jeux d’hiver
Le coût total d’un événement comme les Jeux Olympiques ne se niche pas seulement dans l’organisation des épreuves. La transformation physique du territoire est un enjeu de dépenses. Cette année, un dossier épineux était celui de la reconstruction complète de la piste de bobsleigh de Cortina d’Ampezzo. Si le plan initial était de délocaliser les épreuves à l’étranger pour réaliser des économies, la politique de souveraineté sportive a pris le dessus. Dans l’urgence, un chantier très coûteux a été réalisé. Il est aujourd’hui le symbole de l’arbitrage entre économie et prestige national. L’Italie préfère sacrifier l’un pour mettre en valeur l’autre.
Au-delà de cette piste, la rénovation lourde de sites existants s’est avérée bien plus onéreuse que prévu. Les standards olympiques, toujours plus exigeants en termes de technologie et d’accueil média, ont rendu caduques les infrastructures déjà en place. À cela s’ajoute la géographie particulière de ces Jeux : avec des sites dispersés sur plus de 22 000 km², l’Italie a dû investir massivement dans les liaisons routières et ferroviaires alpines. La saisonnalité des chantiers en haute altitude et l’explosion du coût des matériaux et de la main-d’œuvre ont fini de transformer chaque tunnel et chaque pont en un gouffre financier imprévu.
Une rentabilité sur la ligne de crête
Cet effort national ne pourra être justifié que par de grosses retombées économiques. Le gouvernement italien s’attend à plusieurs milliards d’euros. Ils ont pour hypothèse la hausse durable du tourisme, pas seulement pour les stations huppées, mais aussi pour Milan, qui cherche à renforcer son statut de destination mondiale. Pour l’Italie, le but est de faire des Jeux et de l’exposition médiatique qu’ils permettent un levier pour croître dans la décennie à venir. La rentabilité n’en reste pas moins fragile, surtout dans les massifs. Plusieurs incertitudes sont susceptibles de ternir le tableau. Les stations auront-elles la capacité à maintenir une forte fréquentation en dehors de la période olympique ? Quid du changement climatique qui menace réellement l’économie du ski ?
Si l’on pourrait croire que le défi principal consiste à organiser des Jeux qui se déroulent sans encombre, le véritable enjeu commencera au lendemain de la cérémonie de clôture. Pour les villes hôtes, le point faible réside généralement dans le modèle économique post-Jeux des villes hôtes. Trop souvent, les infrastructures sportives deviennent un fardeau que les pays peinent à porter. Les équipements sont coûteux et peu utilisés par la suite, surtout pour les installations de niche comme le saut à ski ou la luge. Les charges d’entretien de ces infrastructures sophistiquées risquent de peser lourdement sur les budgets des municipalités locales pendant des années. Le succès sportif d’une petite vingtaine de jours peut devenir un poids fiscal de long terme.
L’engagement financier de l’Italie a atteint un point de non-retour. Les coûts sont irréversibles, quel que soit le succès populaire des épreuves. Ces Jeux nous prouvent à quel point il est désormais difficile d’organiser un événement planétaire sans une dérive budgétaire systémique. Les ambitions sont louables, mais confrontées à la réalité du terrain, elles disparaissent. Milan-Cortina agit ici comme un révélateur : même avec un modèle censé limiter les nouvelles constructions, les exigences modernes des JO imposent des investissements que peu d’États peuvent supporter sans alourdir leur dette. À l’avenir, la question de la viabilité même du modèle olympique hivernal restera posée si chaque édition doit se transformer en un pari financier aussi risqué pour les finances publiques.
Les + vues
Inscrivez-vous !
INSCRIVEZ-VOUS À
NOTRE NEWSLETTER !
![]()
Renseignez votre adresse mail
pour recevoir nos nouveautés
et rester informé de nos actualités.
Laisser un commentaire