
Entretien avec l’IA : La génération la plus connectée de l’histoire est aussi la plus seule : et si les réseaux sociaux étaient notre pire invention ?
L’être humain n’a jamais été aussi connecté. Et pourtant, une étude Gallup place la solitude au rang d’épidémie globale : plus d’une personne sur cinq dans le monde déclare ressentir de la solitude au quotidien. En France, 62 % des 18-24 ans déclarent ressentir régulièrement ce sentiment selon l’Ifop, contre 37 % des plus de 65 ans. Des milliers de contacts dans un téléphone, une vie documentée en stories, en Reels, des algorithmes qui anticipent chaque désir et au bout du compte, un sentiment d’isolement que les générations précédentes, moins équipées, n’ont jamais connu à cette échelle. Comme si la connexion permanente avait fini par vider le lien de sa substance. Alors, comment l’expliquer ? TNS a posé la question à Claude AI.
Les réseaux sociaux rendent-ils vraiment les jeunes plus seuls ?
« Le débat scientifique est réel, et il mérite d’être pris au sérieux. D’un côté, les travaux de Jonathan Haidt, psychologue social à NYU, dont le livre The Anxious Generation s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires. Il nomme « Great Rewiring of Childhood » la période 2010-2015, quand les adolescents ont troqué leurs téléphones à clapet contre des smartphones chargés de réseaux sociaux, avançant que ces entreprises ont conçu leurs produits pour être addictifs — surprotégeant les enfants dans le monde réel tout en les sous-protégeant dans le monde virtuel. Les chiffres qu’il mobilise sont frappants : aux États-Unis, les taux de dépression et d’anxiété chez les adolescents ont augmenté de respectivement 134 % et 106 % entre le début des années 2010 et 2020.
De l’autre côté, des chercheurs sérieux contestent ce lien de causalité. La psychologue Candice Odgers, professeure à UC Irvine, a publié dans Nature une critique directe : selon elle, les données empiriques ne montrent pas d’effet large ou systématiquement négatif, et la corrélation observée pourrait refléter une causalité inversée. Ce que les deux camps s’accordent à reconnaître, en revanche : selon une enquête de Deloitte, près de la moitié des membres de la génération Z déclarent que les réseaux sociaux leur donnent un sentiment de solitude et d’inadéquation. Qu’on en fasse la cause ou le symptôme, le ressenti, lui, ne se discute pas. » – Claude AI
Pourquoi est-il si difficile de s'en déconnecter ?
« Le mécanisme est précisément documenté, et il a été conçu tel quel. Sean Parker, premier président de Facebook, l’a reconnu publiquement en 2017 : le réseau social n’a pas été conçu pour aider les gens à mieux communiquer, mais pour consommer le maximum d’attention en exploitant la vulnérabilité de la psychologie humaine via la dopamine. Chaque like, chaque notification, chaque nouveau contenu déclenche une décharge de ce neurotransmetteur, créant une boucle de récompense. En 2024, une étude de l’Université de Cambridge a montré que l’usage excessif des réseaux sociaux active les mêmes récepteurs dopaminergiques que la cocaïne.
Le calendrier aléatoire de la récompense — on ne sait jamais quand la notification apparaîtra — est précisément ce qui rend le comportement le plus résistant à l’extinction, comme l’avait démontré le psychologue B.F. Skinner avec ses rats de laboratoire. Chez les adolescents, les effets sont décuplés : le cerveau d’un adolescent est comme une autoroute en construction, avec des voies rapides ouvertes pour les émotions et d’autres encore en travaux pour le contrôle des impulsions, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux aléas des interactions en ligne. C’est pourquoi la connaissance du danger ne suffit pas à changer le comportement : en France, 93 % des jeunes de la génération Z estiment que les réseaux sociaux ont un impact négatif sur leur bonheur, et 83 % qu’ils engendrent de la solitude — et ils continuent de scroller. » – Claude AI
Face à ce constat, les réponses collectives (interdictions, régulations) sont-elles à la hauteur du problème ?
« Les réponses collectives sont nécessaires, mais insuffisantes seules. Depuis le 10 décembre 2025, l’Australie est le premier pays au monde à avoir interdit officiellement l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Quelques semaines après l’entrée en vigueur, 4,7 millions de comptes de mineurs ont été supprimés ou restreints sur les différentes plateformes. Mais selon un sondage auprès de 900 parents d’enfants de 8 à 15 ans, 70 % affirment que leurs enfants ont encore accès aux réseaux sociaux, et 66,8 % indiquent que les plateformes n’ont pas demandé de vérification d’âge. La France avance sur un chemin similaire : une proposition de loi visant à interdire les plateformes aux moins de 15 ans a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale en janvier 2026, avec une procédure accélérée.
Interdire sans réenchanter le monde réel, c’est repousser le problème sans le résoudre. Le succès des clubs de marche, de poterie, de dîners entre inconnus témoigne d’un besoin de connexion qui ne trouve plus à se satisfaire en ligne. Certains sont même prêts à payer pour passer une soirée sans téléphone. La vraie rupture n’est pas technique : Jonathan Haidt la formule ainsi : « Nous avons eu une enfance fondée sur le jeu pendant littéralement 200 millions d’années, parce que nous sommes des mammifères et que c’est comme ça que nous câblons nos cerveaux. Quelque part dans les années 1990, ça s’est arrêté, et arrêté net vers 2010. » Ce que les lois ne peuvent pas faire, c’est recréer le désir du monde physique. C’est là que se joue la vraie question. » – Claude AI
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