Une Américaine tombée amoureuse de la France

En avril 2013, Business Insider classe Roxanne Varza 6ème parmi les 30 femmes les plus influentes de moins de 30 ans dans la tech. Pourtant, elle n’a rien d’un profil formaté Silicon Valley. Née à Palo Alto de parents iraniens ayant fui la révolution islamique, sa passion pour la France commence dans une salle de classe. Là où ses camarades préfèrent apprendre l’espagnol, Roxanne choisit le français, par esprit de rébellion, dira-t-elle plus tard. Elle obtient alors une licence de littérature française à UCLA, puis s’envole pour un échange à Bordeaux.

Un double master Sciences Po Paris et London School of Economics en affaires internationales plus tard, c’est une évidence. « Je suis d’abord tombée amoureuse de la France, puis de la tech », confie-t-elle dans un podcast pour Station F. Elle aurait pu suivre les couloirs feutrés de la diplomatie ou des institutions internationales. Elle a opté pour une autre direction. Celle d’un secteur en pleine effervescence, où l’innovation et les entrepreneurs redessinent l’économie mondiale.

Vendre la France à ceux qui n'en voulaient pas

Pour rester en France, il fallait travailler. Et pour travailler dans ce qu’elle aimait, Roxanne Varza s’est retrouvée à faire le chemin inverse de beaucoup : convaincre les startups de la Silicon Valley de s’implanter en France. Pourtant, même avec la meilleure volonté du monde, elle ne récoltait que des « non, ce n’est pas intéressant ». Alors elle a commencé à creuser. Pourquoi ce désintérêt ? En France, dans le milieu de la tech, tout restait à construire. Aux États-Unis, les infrastructures existaient et les réseaux étaient établis. En France, c’était une page blanche. Et elle a su saisir le stylo pour en rédiger les lignes.

Car avant de prendre la direction de Station F, Varza s’attelle à poser des fondations. Elle crée TechBaguette, un blog pensé pour mettre les startups françaises sous les yeux des investisseurs internationaux. En devenant une référence incontournable dans la tech, le média réussit à tisser des liens avec les grands noms du secteur. Elle devient ensuite rédactrice en chef de TechCrunch France, puis pilote les programmes startups chez Microsoft France. En parallèle, elle cofonde Girls in Tech Paris, Tech.eu et FailCon France. Station F n’était plus très loin, il faudra attendre 2017.

Station F, un campus à son image

Dans le 13ème arrondissement de Paris, une ancienne halle ferroviaire reprend vie, des milliers de mètres carrés qui auraient pu devenir un parking, un hôtel, un énième espace vide reconverti par défaut. Mais le milliardaire Xavier Niel a d’autres plans. Avec une idée un peu folle, il résume son ambition en une phrase : « J’ai ce grand bâtiment, je vais y mettre 1 000 startups. » Alors, pourquoi a-t-il choisi Roxanne Varza pour prendre la tête de son projet ? Son parcours atypique l’a immédiatement séduit. Trilingue et forte d’une expérience concrète chez Microsoft Paris, elle représentait le “pont” rêvé entre la Silicon Valley et la France. Avant de la nommer, Xavier Niel l’a testée en lui a demandant de réaliser un benchmark des incubateurs dans le monde. Après qu’elle ait partagé ses découvertes, il l’a invitée à le rencontrer et lui a proposé d’en prendre la direction. Elle était LA personne capable de transformer un bâtiment en hub international. Elle n’a pas hésité une seule seconde.

Aujourd’hui, plus de 1 000 startups issues de 60 nationalités coexistent sous ce même toit. Ce qui devait être un simple incubateur est devenu un écosystème permanent, un campus ouvert sur la ville, un endroit où l’ambition circule dans les couloirs comme l’air dans cette ancienne gare.

Mais ce qui distingue Station F des autres, ce n’est pas sa taille. C’est sa philosophie et elle ressemble beaucoup à Roxanne Varza. Sous sa direction, le campus ne court pas après les CV parfaits de trentenaires sortis d’école de commerce. Il cherche des gens qui ont un rapport particulier à l’échec, à la résilience, au monde : d’anciens détenus, des réfugiés, des profils qu’aucun accélérateur classique n’aurait regardés deux fois, mais qui portent en eux une façon de voir les choses qu’aucun MBA ne peut fabriquer.

Cette philosophie, Varza la prolonge hors du campus. Il y a une phrase d’elle qui circule dans l’écosystème, tirée d’un texte publié sur Medium : « This is what an entrepreneur looks like”, comprenez “Voici à quoi ressemble un entrepreneur”. Derrière cette formule simple se cache l’intention de déconstruire le cliché startupeur. Ce message, elle ne le porte pas depuis une tribune institutionnelle. Elle le diffuse là où se trouvent les jeunes entrepreneurs : sur les podcasts, sur les réseaux sociaux, sur Medium et tout ça sans jargon.

 

À la tête de Station F, Roxanne Varza a prouvé qu’un écosystème peut être ambitieux sans être fermé. Le Female Founders Fellowship, Girls in Tech Paris, le Sommet de l’IA… autant d’engagements qui traduisent une conviction simple. L’inclusion est un levier de puissance.

Nom d'auteur Jeanne Ducreau
Jeanne Ducreau manie la plume avec un goût assumé pour les univers qui brillent, du tapis rouge aux tables étoilées. Après avoir rédigé dans les colonnes de Epicurisme Mag, Luxury Place ou encore Gourmets et Vins, elle explore le luxe comme un révélateur de tendances et de récits. Chez The New Siècle, elle croise actualité people, codes du prestige et récits incarnés.
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